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Inondations : Entretien avec Patrick Coulombel, Président de la Fondation Architectes de l’Urgence

Portrait
La Rédaction , le 04 juillet 2014
Depuis 2001, architectes, ingénieurs et planificateurs utilisent leurs expertises professionnelles afin d’apporter une aide appropriée et durable à toutes les victimes de catastrophes naturelles, technologiques ou humaines, sans distinction de nationalité, de sexe ou de religion.
Patrick Coulombel - Architectes de l'urgence - inondations - pyrénées atlantiques - lumières de la ville - pilotis - maires - communesLa fondation des Architectes de l'Urgence sont lauréats 2014 du prix Vassilis Sgoutas de l'Union Internationale des Architectes. Le jury de l'union Internationale des Architectes, qui s'est réuni à Melbourne en Australie le 5 mai dernier, a décidé de décerner cette année le prix Vassilis Sgoutas à la fondation Architectes de l'urgence pour son action au niveau international depuis 2001.  

Une même question revient à chaque fois. Est ce qu’il est vraiment possible de traiter les inondations en amont ?

  Patrick Coulombel : Globalement il y a un préalable dont on ne peut pas se dispenser, à savoir la compétence des élus à faire des zones construites dans des zones inondables sans tenir compte des hauteurs de niveau d’eau. C’est un premier problème. A ce niveau là, je mets carrément en cause la compétence d’élus notamment au niveau des maires qui ont une compétence en terme d’urbanisme et qui au final se révèlent bien souvent incompétents.

  Il existe des pratiques qui ne sont pas récentes, bien au contraire, elles sont même plutôt anciennes. Les maires n’ont pas la compétence technique, mais par contre ce qui est sur c’est qu’ils ont le pouvoir. et je crois que le premier drame il est là. Car ils se permettent de vendre des zones constructibles inondables, sans prévenir les inondations.

  S’ils s’entouraient de spécialistes et de gens assez compétents pour construire, les choses fonctionneraient beaucoup mieux. Il est utile de préciser que lorsqu’on parle de zone inondable, selon le type d’inondations, il est tout à fait possible de construire dans ces zones. Il suffit simplement, comme c’est le cas dans de nombreux pays, de construire au dessus des niveaux de référence, de manière à pouvoir, même si on est embêté pendant quelques semaines tous les cinq ans, vivre tranquillement tout le reste du temps.

  A l’inverse, la tendance qui se dégage ces dernières années et c’est un véritable problème qui se pose, c’est la poursuite outrancière à l’urbanisation et spécifiquement dans les zones artisanales. Tout cela c’est au nom d’intérêts politiques et d’individus. Je pense donc que ce sont des choses qu’on ne peut s’empêcher de dire dans un premier temps.

  Maintenant une fois qu’on a dit cela, on n’a rien réglé au problème. Alors qu’en vérité, il est assez simple à régler. A partir du moment où l’on est un peu censé et avec un peu de compétences, on est tout à fait capable de construire au dessus des niveaux inondables et de faire notamment des opérations sur pilotis ou adaptées aux sites sur lesquels on veut habiter ou produire de l’activité. En ce qui concerne le problème agricole comme il est évoqué parfois, il est lié aux agriculteurs, mais avant tout à des phénomènes urbains. Les comblements ou effacements d’anciens ruisseaux, d’anciennes zones de débordements ont été allègrement bitumées pour faire de la voix routière, soit comblées pour faire des espaces verts ou des terrains à bâtir.

  C’est notamment ce qui se passe en France. A l’inverse il y a des pays où les inondations sont énormes et pourtant les habitants ont une capacité de relèvement. Ce n’est pas simple de vivre dans ces endroits qui sont fortement inondés, mais en même temps c’est très agréable d’y habiter le reste de l’année.

  Dans le département de la Somme par exemple, on est né avec les inondations. Les dégâts matériels sont très embêtants, mais aujourd’hui on est tout à fait capable de faire de la réhabilitation préventive de bâtiments en prévention d’inondations. Autrement dit on est capable de réhabiliter des bâtiments en les modifiant de telle sorte que tout ce qui se situe en niveau inférieur inondable puisse être réalisé avec des matériaux qui puissent accepter l’eau et qui nécessitent un simple nettoyage après un passage épisodique d’une crue.

  Aujourd’hui on s’étonne qu’à partir du moment où il pleut, la grande réponse des élus, c’est de dire mais que fait l’état ? Je ne vois pas ce que peut faire l’état par rapport à la pluie ? A un moment l’état providence doit s’arrêter, c’est aux politiques locaux et maires plus spécifiquement de prendre leurs responsabilités.


   

Qu’est ce que vous entendez par là ?

  Patrick Coulombel : Les politiques de bassin versant ne sont par exemple pas respectées : Si je prends le même exemple , à savoir le département de la Somme, il n’y avait pendant un temps aucune politique de bassin versant. Aujourd’hui cela a tout de même beaucoup changé. Mais le problème reste un problème de découpage administratif. Autrement dit, il existe des politiques de bassin versant qui sont différentes d’un département à un autre. La gestion de l’eau est faite de manière régionale, mais pas au niveau du bassin versant dans son intégralité. C’est en train de se rectifier dans les différents territoires, mais ça reste un véritable problème qui dépend directement des politiques locales.

  En ce qui concerne les maires, il faut dire qu’ils sont assez légers sur le plan technique et sur la compétence qu’ils ont de faire un changement de PLU ou des règlements d’urbanisme. Ces changements sont malheureusement bien souvent plus réalisés en fonction des prochaines élections municipales, plutôt qu’en fonction des vrais besoins à long terme pour la commune.


   

Qui est ce qui peut vraiment agir et comment ?

  Patrick Coulombel : On peut d’abord mettre en oeuvre les travaux nécessaires pour obtenir des niveaux plus haut pour les constructions récentes. On peut également durcifier les parties inférieures qui risquent d’être inondées. C’est simple à comprendre, il faut cesser de mettre du placo dans les parties basses, cesser de mettre des prises de courant dans ces mêmes parties, et cesser de choisir des sols qui ne peuvent pas supporter l’eau. Il faut construire de façon à ce que les constructions puissent supporter l’eau. Et là ça change complètement tout.

  Il y a une autre solution. On pourrait également construire des niveaux qui sont inondables, du type pilotis comme cela se fait dans de nombreux endroits. Aux Queensland en Australie, de nombreux constructions ont été réalisées sur pilotis. Dans la vallée du Mississippi aux Etats-Unis, les crues sont faramineuses, et pourtant les locaux s’en sortent. Pourquoi ? Et bien parce que les maisons sont construites de telle sorte que l’eau puisse passer en dessous sans le moindre problème.

  Là où c’est plus compliqué, c’est lorsqu’on parle de zones d’activités. Quand on essaie de remonter un supermarché d’1 mètre 50 c’est beaucoup plus cher et beaucoup plus difficile. Mais le problème c’est qu’à l’origine les propriétaires du supermarché en question ont acheté le terrain à très bas prix, afin de pouvoir occasionner une certaine taxe à destination des élus qui pourront ainsi construire une salle polyvalente deux ans avant les élections…Le terrain est certes vendu à un prix ridiculement bas, mais il existe une raison à cela, le terrain est inondable.

  Si des personnes du secteur privé deviennent acquéreurs sans pour autant réaliser les structures adéquates pour prévenir les inondations, ce n’est certainement pas à la collectivité de régler les factures pour rebrousser les dégâts occasionnés. A Arles, par exemple, il y avait une zone d’activité énorme qui avait été touchée lors de l’inondation de 2004, mais ce n’est pas pour rien si cette zone avait été construite à cet endroit.


   

Mais pourtant des permis de construire ont bien été délivrés à un moment ? Quelle est donc la responsabilité des maires ?

  Patrick Coulombel : C’est pour cela qu’il faut mettre les maires en prison ! Il est temps d’appeler les choses par leur nom ! C’est un peu facile, les maires délivrent des permis de construire à des fins souvent électorales ou même familiales. Et lorsqu’une inondation survient, ces mêmes élus viennent affirmer que ce serait à l’état de payer. Je ne suis pas d’accord. Le maire doit pouvoir assumer ses responsabilités ou alors il se déclare incompétent !


    Une dernière question, sur l’activité des Architectes de l’Urgence. Quelle est votre action lorsqu’une inondation survient ?

  Patrick Coulombel : On fait de la mise en sécurité juste après les inondations. On essaie de faire en sorte que les personnes puissent reprendre le plus vite possible leur maison éventuellement de leur faire de « la petite expertise », mais on le fait très rarement en France ou alors lorsqu’il y a de grosses catastrophes. Lorsque survient par exemple des tremblements de terre, nous avons un vrai rôle au niveau de l’expertise et ensuite au niveau de la reconstruction. On construit beaucoup d’ailleurs.


   

Où est-ce que vous agissez ?

  Patrick Coulombel : On a encore beaucoup de monde en Haïti, on est sur des programmes aux Philippines, des programmes d’écoles notamment. On est également en Indonésie. On a d’ailleurs beaucoup travaillé par le passé en Afrique.



    Plus d'informations concernant les Architectes de l'urgence sur leur site      

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