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Le patrimoine architectural de Beyrouth, sauvegardé ou malmené ? Paru sur Demain la Ville

Récit
LDV Studio Urbain , le 12 mai 2017
Bon nombre de villes aujourd’hui se posent la question de la cohabitation entre patrimoine et modernité architecturale. Beyrouth, capitale du Liban, a été en partie détruite par une guerre qui a duré plus de quinze ans et achève sa reconstruction peu à peu. Exemple unique d’un dialogue entre une architecture contemporaine et des vestiges urbains parmi les plus vieux au monde, la capitale libanaise entretient un rapport pour le moins ambigu à son patrimoine.
En effet, détruit par une guerre civile qui a duré plus de quinze ans, le centre-ville a été reconstruit à l’identique, dans une volonté de reproduire exactement le patrimoine architectural des années 30. Par ailleurs, d’autres aires urbaines à l’architecture remarquable, qui n’avaient pas été touchées par la guerre, ont été démolies après le conflit pour construire des immeubles de grande hauteur, au détriment donc d’un certain patrimoine architectural. Alors, comment refaire la ville sur la ville et surtout comment concilier patrimoine et modernité ? Pour autant, sauvegarder ce patrimoine urbain permet-il de préserver une identité, une authenticité ?


Un héritage patrimonial multiple


Beyrouth est une des plus vieilles villes du monde et possède un patrimoine qui témoigne d’une succession d’époques, visibles notamment à travers les correspondances et les récits de voyages. Les premiers écrits qui évoquent la ville remontent au XIVème siècle av. J.-C. ; ce sont les Lettres de Tell-el-Amarna. L’ancienneté de ces lettres témoigne de la dimension historique de la ville et de son implantation multimillénaire.





Bien plus tard, le courant orientaliste laissera, lui aussi, une littérature féconde sur l’héritage architectural et paysager de la capitale libanaise. Le célèbre peintre Jacques-Louis David qui appartient à ce mouvement décrit Beyrouth en ces termes : « Sa rade fermée par un promontoire aigu, les minarets de ses mosquées, les dômes de ses palais et, avant tout son ciel pur, son air limpide, cet ensemble forme un spectacle troublant » et en exprime ainsi le caractère urbain exceptionnel.


Dans l’héritage de ce rapport étroit que les français ont entretenu avec le Liban, le pays fut placé sous Mandat français, de 1920 à 1943. Cette courte période, à peine un quart de siècle, a été décisive dans le dessin de la morphologie urbaine beyrouthine et dans son identité en tant que ville à la croisée des mondes, entre un Occident moderne et un Orient séduisant. Au cours de cette période, la France a profondément façonné la ville et le résultat est encore bien visible dans la pierre. Les Français, sous l’égide de l’architecte Michel Écochard, ont dessiné une ville selon un plan hautement symbolique.


Les deux places emblématiques issues de ce plan sont la Place de l’Étoile et la Place des Canons. Elles sont aujourd’hui au cœur de la question de l’héritage architectural et de la manière dont on envisage sa protection. Ces pièces urbaines n’ont pas du tout le même statut pour les beyrouthins. L’une, la place de l’Étoile, qui représente le pouvoir et l’austérité avec ses banques, sa Poste et ses assurances, est boudée par les riverains. L’autre, en revanche, la place des Canons, remplit un rôle bien différent. Elle bénéficie d’une image vivante et enjouée, héritée de l’époque où elle abritait des tramways, cafés et cinémas : c’est le centre symbolique de la ville.


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