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Buenos Aires accélère sa métamorphose en “ville intelligente”

Brève
La Rédaction , le 23 janvier 2014
Avec les programmes Gouvernement électronique, Ville ouverte et Ville intelligente, la capitale argentine a engagé un plan Lire la suite
[caption id="attachment_640" align="aligncenter" width="591"]Buenos Aires, une ville-État de plus de 3 millions d'habitants qui a réussi sa modernisation administrative en moins de trois ans. Buenos Aires, une ville-État de plus de 3 millions d'habitants qui a réussi sa modernisation administrative en moins de trois ans.[/caption]
Avec les programmes Gouvernement électronique, Ville ouverte et Ville intelligente, la capitale argentine a engagé un plan de modernisation visant à améliorer la qualité de vie de ses habitants.

« Difficile de penser une ville comme Buenos Aires à dix ou vingt ans. D'abord, parce qu'en Argentine l'environnement politique et économique n'aide pas à travailler à long terme.

Ensuite et surtout, à cause de l'accélération des changements technologiques. Il y a quelque temps, nous avons réuni des experts internationaux pour réfléchir à la ville du futur. Ils ont conclu que ce qu'on peut imaginer aujourd'hui risque d'être obsolète dans dix ans. Mais il est possible, oui, de penser la ville à quatre ou cinq ans, et c'est ce que nous faisons. »
La petite quarantaine, Eduardo Martelli est secrétaire d'État à la Gestion des projets de modernisation de la ville de Buenos Aires. Oui, secrétaire d'État, car depuis la réforme de son statut dans les années 1990, la capitale argentine est une « ville-État », autonome par rapport au gouvernement national, et a le même rang que les 24 provinces de ce pays fédéral.
Buenos Aires est dirigée par un chef de gouvernement - Mauricio Macri, de centre droit -, à la fois maire et gouverneur, avec des ministres, dont un chargé de la Modernisation, Andrés Ibarra, le chef d'Eduardo Martelli.

48.500 employés et fonctionnaires formés

À la tête d'une équipe très jeune, dont une majorité de moins de 30 ans, Eduardo Martelli conduit un plan de modernisation associant trois programmes : Gouvernement électronique (modernisation administrative), Ville ouverte (transparence des décisions) et Ville intelligente (amélioration de la qualité de vie des habitants grâce aux nouvelles technologies).
« Tout est lié, explique le secrétaire d'État. Sans une administration moderne, il n'y aurait pas de "Ville ouverte". Et sans transparence des décisions, la "Ville intelligente" ne serait qu'un gadget. »
Le programme a été mis en place en 2007, avec l'élection de Mauricio Macri, dont le mandat a été reconduit en 2011 pour quatre ans.
« Voire davantage, sourit-il, compte tenu des enquêtes qui nous permettent d'envisager une victoire en 2015. »

La modernisation administrative a été la mère de toutes les batailles

« Quand nous sommes arrivés, il n'y avait qu'un système informatique budgétaire. Les communications internes et les démarches administratives se faisaient toutes sur papier : des tonnes de papier qu'une armada de coursiers déplaçait entre les 600 dépendances de la mairie ! Rien n'avait vraiment changé depuis le XIXe siècle.
Quant aux citoyens, ils devaient se déplacer d'administration en administration pour leurs démarches. À chaque fois, après des heures d'attente, ils repartaient avec un récépissé. Encore du papier ! »
Il a fallu moins de trois ans pour changer de siècle. En investissant d'abord dans la technique pour doter la mairie d'un système informatique puissant et fiable, ainsi que de réseaux de haut débit. Le tout, accompagné d'un énorme effort de formation pour les 48.500 employés et fonctionnaires de l'administration (sur un total de 150.000 salariés de la mairie).
« Aujourd'hui, Buenos Aires a réussi sa mue vers le "gouvernement électronique" : toute l'information est disponible en permanence en ligne pour l'administration, et il n'y a plus de papier. Dossiers et signatures sont électroniques. »

Grâce au « e-gouvernement », les réponses de l'administration se sont accélérées :
« Les dossiers sont en ligne, et accessibles au public. Tous les signataires sont responsables du respect des délais. À tout instant, chacun peut suivre son dossier sur le site Web de la mairie, qu'il s'agisse d'une demande de fiche d'état civil ou d'une aide sociale, d'une plainte ou d'un permis de construire. »
Mais la « Ville ouverte » va plus loin : selon un processus commencé en novembre 2013, progressivement, toutes les démarches seront traitées à distance par des échanges en temps réel. En accédant à son dossier électroniquement, le citoyen pourra répondre, par exemple, à une demande de complément d'information de l'administration et ainsi de suite jusqu'à l'obtention du document ou de l'autorisation désirés.
Selon le secrétaire d'État, 70 démarches administratives pourront ainsi être réalisées entièrement en ligne en 2014, et la totalité de celles du ressort de la mairie en 2015. Finis les files d'attente et les déplacements pour les Porteños, les habitants de Buenos Aires, sauf pour s'acquitter des droits, ce qui exige encore qu'ils se rendent dans une agence du Banco Ciudad, l'établissement financier de la Ville.
Mais dès 2015, la banque proposera une carte de paiement, utilisable via ordinateur et mobile.

Applications de services et wifi gratuits pour tous

La Ville ouverte se lie ainsi à la Ville intelligente, déjà en œuvre notamment à travers un réseau WiFi dont bénéficient gratuitement les Porteños (mais aussi, les millions de banlieusards qui travaillent à Buenos Aires), dans tous les bâtiments publics (y compris écoles et hôpitaux), les parcs de la capitale et sur les lignes de Metrobus, en attendant le métro. C'est un réseau qui permet de recevoir ses mails, de se connecter au site Web de la ville et à d'autres, mais avec des limitations :
« Il s'agit d'un service destiné à faciliter la vie de ceux qui vivent et travaillent à Buenos Aires ou nous rendent visite. Mais nous ne voulons pas concurrencer les fournisseurs privés », précise Eduardo Martelli.
Afin de couvrir toute la ville, le réseau va s'étendre à 44 nouveaux points d'accès, avec écrans interactifs, répartis dans les 15 arrondissements de la capitale. Les utilisateurs peuvent déjà accéder à une cinquantaine d'applications mobiles développées par la mairie, comme « BA Trafic » (circulation), « Comment y aller ? » (en voiture, à pied, à vélo ou transports publics), « BA Parkings » (publics et privés), « BA Vélo » (pistes cyclables, stations de vélos publics gratuits, lieux de location privés), « Agenda culturel mobile » (toutes les manifestations), « BA Livres » (bibliothèques et librairies), « BA City gay » (l'Argentine a légalisé le « mariage pour tous » en 2010 et Buenos Aires accueille des touristes homosexuels du monde entier), etc.

"Buenos Aires 2.0"

Ces applications sont aussi accessibles en tout point de la ville avec un smartphone et elles sont ouvertes : à partir de leurs données, on peut en créer d'autres, comme l'ont fait des entrepreneurs pour des circuits culturels alternatifs ou des bars branchés. À ces programmes, s'ajoute le « Plan Sarmiento », mis en œuvre par le ministère de l'Éducation de la ville, grâce auquel tous les élèves des écoles publiques ont reçu un ordinateur portable.
Alors que Buenos Aires se veut à la pointe d'une modernisation technologique au service de la qualité de vie des gens en Argentine, le gouvernement central s'est mis au diapason : il a ainsi mis en place une carte à puce pour les transports dans l'agglomération métropolitaine (capitale fédérale et banlieue, 14 millions de personnes), ainsi qu'un système qui permet de délivrer tous les documents d'identité, numérisés et sécurisés, en 48 heures, dans des guichets décentralisés (il y en a dans tous les centres commerciaux), et même un passeport sur le champ, à l'aéroport !
Mais compte tenu de l'étendue du territoire et des disparités régionales, la modernisation engagée par l'État fédéral est moins visible que celle mise en place à Buenos Aires, ensemble relativement homogène et dont le revenu par tête est le plus élevé du pays.
Ce Buenos Aires « technologies nouvelles » sera revendiqué par l'actuel maire Mauricio Macri, candidat déclaré à la présidentielle, lors de la campagne électorale de 2015. Dans un pays aussi politisé que l'Argentine, cela ne suffira peut-être pas pour le faire élire. Mais la ville intelligente devrait séduire bien au delà de la ville-État.

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