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Quel avenir pour la reconstruction de la Syrie ? Marwa al-Sabouni est architecte à Homs, en Syrie. Elle y travaille avec son mari, où ils ont mis en place un bureau d’étude. Cela fait maintenant cinq ans que le pays est secoué par les conflits. D’une guerre civile, le conflit s’est embrasé pour détruire la majorité du pays. Des milliers de personnes sont mortes, la moitié de la population syrienne a été déplacée et des milliers d’hectares d’habitation détruits. Si pour certains cette guerre d’usure est source de désespoir et réfère à un passé douloureux, pour Marwa al-Sabouni les ruines sont une opportunité et une force dont il faut profiter pour se reconstruire.
 
 
 

Les leçons du futur se trouvent dans les ruines

 
 
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Dans l’histoire globale, Homs a longtemps été une ville prospère pour ses 650.000 habitants. Selon l’architecte, l’histoire de sa ville ne se résume pas à cet instant tragique. Il faut penser au futur, à ce qui est à venir.
Marwa al-Sabouni croit que sous les ruines se Homs se trouvent les clefs pour la construction d’une communauté meilleure. Il ne s’agit pas pour elle de rester sur ce qu’elle et ses concitoyens ont perdu. Elle pense à ce qui est à venir, et la manière dont le pays peut se reconstruire, et comment cette nation fracturée peut panser ses blessures.
 
 

Une architecture et un patrimoine inconsidérables comme ciment de la nouvelle société

 
 
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En observant d’anciennes photos de la ville, Marwa al-Sabouni montre la richesse urbanistique qui a pu être déployée pour construire cette ville. Etablie à travers des siècles, Homs est chargée d’une richesse patrimoniale considérable qu’il ne faut pas perdre de vue.
 
 
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Entre période de conflits et périodes de prospérité, l’architecte estime que la ville possède toutes les variables qui permettent de comprendre comment construire une communauté stable ensemble. L’architecture est un vecteur majeur dans la construction d’une identité locale. C’est par ce biais qu’elle entend mettre en valeur les points communs qui existent entre les différentes communautés syriennes, pour qu’ils apprennent à vivre ensemble et partagent ce même sentiment d’appartenance à la ville.
 
 

L’aménagement urbain comme arme

 
 
La guerre a transformé en profondeur les villes syriennes. Au moment du dernier cessez-le-feu, les chiffres concernant la ville de Homs estimaient que 60% de la ville étaient en ruines et que deux tiers de la population avaient quitté la ville ou étaient morts.
 
Des symboles de la vie d’Homs ont disparus, comme le marché de la vieille ville. Les infrastructures sont tributaire des écroulements d’immeubles, improvisées et temporaires. Les enfants vont à l’école dans un immeuble résidentiel voisin. Suite à la destruction de leur logement, une part de la population a emménagé dans les immeubles de ceux qui sont partis.
 
Marwa al-Sabouni met ces éléments en avant. Il n’y a pas de démonstration plus claire que la perte de sa capacité d’action sur son environnement pour comprendre que c’est une arme qu’il est indispensable de maîtriser.
 
Par son appropriation, il s’agit également d’éviter la reproduction urbaine de production en masse et des immeubles qui ont tué la vie en communauté dans d’autres pays. Pour Marwa al-Sabouni, être conscient de l’ensemble de ces éléments et commencer à y réfléchir permettrait de reconstruire une ville forte où les communautés vivent ensemble. L’architecture et l’urbanisme sont le ciment de la communauté syrienne à ériger pour demain.
 
 

Les migrants ont pris dans leurs bagages le souvenir de leur ville

 
 
L’architecture de Homs est particulière : vieux souk, cours intérieurs de hawsh, portes basses. Quand l’architecte communique avec ses voisins partis, ils évoquent le manque des odeurs du marché et du paysage de leur ville. La vieille ville de Homs n’est pas juste un endroit physique, c’est une fabrique sociale, dont les syriens sont fiers.
 
 
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La présence des ruines est donc pour l’architecte une opportunité de se redévelopper ensemble et de construire une communauté syrienne. Elle constitue aussi le risque de l’arrivée de plans de construction en masse et rapides, déconnecté du contexte territorial, du patrimoine architectural et culturel et des attentes communes des locaux. Marwa al-Sabouni tient donc à sensibiliser sur ce tournant qui pourrait s’offrir à Homs et les autres villes syriennes.