Son histoire s’inscrit dans celle des cités d’urgence et de transit apparues en France après-guerre. C’est à cette occasion que l’architecte bordelais Christophe Hutin rencontre les habitants, pour la plupart issus de l’immigration et d’anciens quartiers insalubres de Mériadeck. Les logements, conçus à l’origine comme provisoires, sont simples : murs en briques, dalles en béton, toitures légères, poêles à mazout.
L’agence Christophe Hutin Architecture, fidèle à son attention portée aux « communautés à l’œuvre », propose après cette rencontre de dépasser la logique classique de la démolition-reconstruction. Plutôt qu’un projet figé, elle engage un processus de collaboration avec les habitants inscrit dans une transformation continue et un temps long. Animés par la volonté d’inverser le sens habituel de la « participation », les architectes se considèrent ici non pas comme les initiateurs du projet, mais comme invités à participer aux dynamiques déjà à l’œuvre dans la cité.
Pour être au plus près de ces réalités, l’équipe s’installe sur place, dans un logement libre mis à disposition par le bailleur. Accueillis par les habitants, ils entreprennent un inventaire minutieux des 93 maisons : mobilier, agencements, extensions, transformations accumulées depuis un demi-siècle. Ce travail patient est nourri par la présence de l’anthropologue Éric Chauvier, qui recueille les récits et la mémoire du lieu auprès des habitants. Chaque famille travaille ensuite avec l’architecte à l’élaboration du futur plan de sa maison. Les propositions sont validées conjointement par les habitants et le bailleur, réaffirmant ainsi le rôle des usagers dans la fabrique urbaine. Finalement ce sont 93 projets pour 93 maisons qui voient le jour à la cité de Beutre.
Le projet s’inscrit ainsi dans une histoire de la cité, déjà maintenue et réparée par les habitants depuis 50 ans. Une action, sans début ni fin, qui ne définit pas l’architecture comme une solution en soi mais comme un outil au service du bonheur d’habiter.
Rédigé par Léa Demongeot Marais



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