Quelques années plus tard, en 1997, la notion de conception universelle est élaborée par l’architecte Ronald Mace et la fondation Design for all. En se basant sur 7 principes fondamentaux, l’idée derrière ce concept est de permettre à toutes et tous d’utiliser les espaces publics et privés de façon égalitaire et non stigmatisante, et d’éviter de concevoir des environnements aménagés pour un usager dit “standard ».
Cette définition pose la base de réflexions sur l’accessibilité de l’aménagement dans plusieurs pays du monde. Par la suite, en France, cette évolution se traduit par l’adoption de plusieurs lois. La loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées impose pour la première fois l’accessibilité des locaux d’habitation et des installations ouvertes au public et prévoit des mesures pour faciliter les déplacements et l’accessibilité des transports collectifs. Puis, la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, réforme la loi de 1975 et fixe un objectif ambitieux : rendre accessible l’ensemble du cadre de vie (bâti, voirie, espaces publics, transports) dans un délai de dix ans, horizon 2015.
Toutefois, plusieurs chercheurs montrent que les seuils des lois d’une part ne sont pas assez poussées et d’autre part ne remettent pas en cause structurellement la façon dont l’aménagement est pensé. En effet, la manière dont la conception universelle est intégrée dans l’aménagement est encore sujet à débat. Plusieurs chercheurs critiquent le fait qu’elle ne prend pas en compte la diversité des situations de handicap auxquelles les différentes personnes peuvent être confrontées. Ainsi, un même espace peut avantager certains usagers tout en désavantageant d’autres. Cette approche est également critiquée pour entretenir le système qui érige le validisme en tant que norme : les capacités et incapacités des personnes continuent d’être pensées comme des attributs individuels qui déterminent l’interaction entre les corps et les environnements, plutôt que comme le produit d’une construction sociale.
Enfin, plusieurs critiques portent enfin sur la méthode de la conception universelle : pour certains défenseurs du concept, elle n’a de sens que si elle intègre les personnes concernées dans le processus de conception. Or, comme tout projet d’aménagement urbain, la concertation reste minoritaire et les personnes en situation de handicap ne sont pas nécessairement associées en amont et parfois seulement sollicitées pour tester le résultat final. La conception universelle apparaît ainsi comme un horizon pour l’aménagement mais sa réussite dépend autant des choix de conception que de la place accordée aux personnes concernées dans leur élaboration.
Rédigé par Lucille Buraud



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