Dans le cadre du programme Quartiers de demain, Léonard Cattoni et Charline Rollet, racontent leur vision d’un projet durable à travers leur processus de conception attaché avant tout au « paysage ordinaire » considérés non comme des situations à corriger, mais comme des ressources spatiales et sociales à révéler.

Maquette du projet de l’agence Réseaux pour le quartier des Templiers, à Coulommiers. © B_Polyptyque 

Ils évoquent la notion de peuple des jardiniers, qui rappellent que chacun à une place dans le projet urbain et paysager. Chacun est responsable et doit être pris en compte dans le processus de conception. Pourquoi ? Parce qu’un espace existe d’abord par ceux qui le vivent, le transforment, se l’approprient et l’entretiennent chaque jour.

« Le peuple des jardiniers, ce sont tous ceux qui participent à la transformation quotidienne de l’espace public, de l’habitant au gestionnaire jardinier, aux techniciens, aux associations, aux concepteurs. C’est une manière d’élargir aussi la notion d’auteur du projet en mettant en valeur un processus plutôt qu’un plan signé. » – Agence Réseaux

Cette vision plus large du projet, les poussent à une écoute et un échange continue durant la période de dialogue compétitif. Mettre tout le monde autour de la table, voilà ce qui permet de comprendre les intentions, les besoins, et les sujets de débats. Ces échanges se font dans les deux sens, un partage des parties prenantes au dialogue, mais également une mise en discussion des outils du projet paysager, pour traduire les attentes exprimées en réponses spatiales concrètes.

« C’était le moment où on parlait un peu plus de notre métier. Comment est-ce qu’on travaille la distance ? Comment est-ce qu’on peut disposer des programmes à rez-de-chaussée intelligemment pour pouvoir fabriquer cette intimité demandée ou cette sécurité ? Ça permet à la fois de poser nos outils de travail de manière transparente et de partager une approche tout en l’expliquant. » – Agence Réseaux

Ces moments d’échanges sont des temps de réorganisation de hiérarchie classique d’un projet. Certains publics oubliés reprennent une place, comme les enfants, largement concernés par l’espace public présent autour de leur école au quartier des Templiers. L’agence défend l’idée que le chemin de l’école mérite autant d’attention que l’école elle-même. De même, leur conviction les amène à penser les capacités des gestionnaires en amont, contrairement aux processus classiques où ils sont souvent consultés une fois les plans réalisés. 

« Nous, dans cette méthode un petit peu cloisonnée, on essaye dans chaque projet, de prendre en amont les capacités, les moyens des gestionnaires, leurs besoins et leurs points d’alerte pour pouvoir concevoir le projet en conséquence. » – Agence Réseaux

Sur la maquette, un espace de pause au bord d’un jardin de pluie. © RSX_COUL_01_©B_Polyptyque 

Grâce à l’adaptation de leur support en maquette, plan, coupe, schéma, pouvant aller jusqu’au dessin en direct durant les ateliers, ils participent à rendre les informations claires pour tous et toutes. Ces outils permettent aussi de rendre perceptibles des phénomènes souvent invisibilisés : l’eau, les conditions d’ensoleillement, les jeux de strates et de seuils… Une démarche essentielle dans la mise en place d’une collaboration durable et éclairée. L’équipe de l’agence Réseaux est particulièrement attentive à cela, car leur définition du peuple des jardiniers repose avant tout sur cette responsabilité collective avec d’un côté bénéfice et ressource, et de l’autre, maintenance et soin. Ainsi, tous les acteurs doivent porter la responsabilité de ce soin à la nature. 

« Dans notre approche, ce que l’on souhaite, c’est que les habitants s’approprient complètement l’espace et eux-mêmes le jardinent. Jardiner, c’est déjà prendre soin et tirer des bénéfices immédiats, éviter l’inondation des caves, avoir un espace de jeu, un espace de pause, un espace d’intimité ou de rassemblement, faciliter les déplacements. » – Agence Réseaux

Une approche qui propose de nouer autour du projet un réel sentiment de responsabilité collective. Et pour cela, ils le répètent, « rien ne vaut un échange transparent et régulier avec chaque acteur concerné par le projet ». 

Rédigé par Léa Demongeot Marais

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