
Dans le cadre de Quartiers de demain, l’équipe part d’abord de ce qui existe. Les habitants sont associés dès le début du dialogue compétitif : ils font visiter leur quartier aux concepteurs, racontent les espaces qu’ils utilisent quotidiennement puis réagissent aux premières pistes de projet lors des manufactures. Ces échanges avec les habitants, mais aussi avec les bailleurs et les promoteurs, constituent pour LIN les prémices d’une charte d’usage. L’objectif est d’établir un diagnostic partagé : quels usages préserver ou développer ? À qui les espaces communs doivent-ils s’adresser ? Et surtout, comment doivent-ils fonctionner dans le temps ?
« Une charte d’usage ne doit pas être un simple règlement imposé aux habitants. Elle doit être évolutive et construite avec les usagers. » – LIN
La médiation devient alors un processus continu plutôt qu’un temps ponctuel de concertation. LIN s’inspire notamment du machizukuri japonais et de son principe de gouvernance progressive et coopérative : observer les pratiques, expérimenter, mettre en place des médiations locales puis ajuster les règles. Pendant le chantier, l’agence propose ainsi l’installation d’une maison du projet, à proximité de l’immeuble Langevin. Elle doit accueillir une permanence architecturale, des ateliers autour du réemploi, mais aussi des débats sur la future charte d’usage. Des questions très concrètes peuvent alors être discutées collectivement : comment réserver un espace ? Quels objets peuvent être mutualisés ? Qui participe à l’entretien ? Quels horaires adopter ?

Cette philosophie se traduit également dans l’architecture. LIN imagine une succession d’espaces permettant différents degrés de rencontre et d’appropriation. Le rez-de-chaussée, lieu de rencontre des résidents, peut accueillir aussi bien les habitants que les associations du quartier pour leurs activités. Des paliers élargis peuvent devenir des espaces partagés entre plusieurs étages, tandis que les coursives constituent des lieux de partage entre voisins. Ces espaces forment un « tissage » dans lequel les usages peuvent progressivement se superposer et se transformer.
La charte vient accompagner cette architecture sans en déterminer définitivement les usages. Horaires, acoustique, entretien, logistique, droits et devoirs peuvent être définis collectivement, tout en laissant la possibilité de faire évoluer les pratiques.
« La charte ne doit pas être un règlement qui interdit, mais un cadre qui rend possible. » – LIN
Un même espace peut ainsi accueillir successivement un atelier, un temps de convivialité ou une activité collective. Pour LIN, cette capacité d’évolution suppose d’accepter que tout ne soit pas défini au moment de la livraison. L’agence parle de « gouverner par la patience » : tester certains usages pendant trois à six mois, les évaluer collectivement puis les ajuster avant, éventuellement, de les pérenniser.

Cette approche redéfinit finalement la manière dont les responsabilités sont réparties. La gestion des espaces communs ne repose plus sur un acteur unique, mais peut être distribuée entre habitants, bailleurs, collectivité, associations et gestionnaires. L’architecte lui-même peut prolonger son rôle après la conception, en participant à l’observation des usages, aux évaluations et aux ajustements du projet. Il ne s’agit alors plus de chercher à prévoir tous les usages, mais de « construire les conditions permettant aux usages de se développer ».
À travers le projet Langevin, la pérennité ne repose donc pas sur des règles immuables, mais sur la capacité des acteurs à continuer à dialoguer et à adapter ensemble les espaces qu’ils partagent. Une manière de considérer la livraison non comme la fin du projet, mais comme le début d’une nouvelle étape de sa fabrication.
Rédigée par Léa Demongeot Marais



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