Que reste-t-il d’un projet urbain lorsque les concepteurs et les conceptrices sont partis ? Architectes, paysagistes et experts interviennent pendant un temps limité au regard de la vie d’un quartier. Les habitants et les associations continuent, eux, d’y vivre et d’y travailler.
Le devenir des lieux dépend aussi de leurs usages et des moyens. Alors comment reconnaître cette contribution et permettre à chacun et chacune de prendre part à leur transformation dans la durée ?
C’est tout le sens du troisième pilier de l’urbanisme du care : partager la responsabilité. Cette ambition nous engage à donner aux savoir-faire de chacun leur juste place, à relier les compétences et à construire des engagements qui puissent se prolonger au-delà du chantier. Elle demande aux élus et aux professionnels de créer les conditions de cette coopération, en reconnaissant les capacités de chacun, mais aussi ses contraintes.
Ce nouveau numéro de Lumières de la ville, consacré au dispositif Quartiers de demain, explore les formes concrètes que peut prendre cette responsabilité partagée.
Premièrement, ce partage de responsabilité commence dès les premières esquisses, en réfléchissant à des configurations qui permettent le dialogue, le partage, le collectif sur le long terme. À Coulommiers, Lucille Leyer, de l’agence Ylé, imagine une école dont certains espaces pourraient accueillir d’autres publics du quartier. À Sedan, Frédéric Bonnet, de l’agence Obras, explore les liens entre un lycée formant aux métiers du soin et les besoins des personnes âgées. Créer des synergies commence par cette capacité à faire se rencontrer des ressources et des besoins qui, jusque-là, étaient envisagés séparément.
Mais comment permettre à ces coopérations de durer ? Pour la transformation du centre-ville de Lodève, Martí Franch, de EMF paysage et Pascale Alazetta, de l’agence Traverses proposent une série d’interventions paysagères associant les acteurs déjà engagés sur place. Leur expérience rappelle combien la transmission des savoir-faire peut prolonger un projet, même lorsque la mission des concepteurs s’achève.
À Marseille, Marion Talagrand, paysagiste-urbaniste à travers le projet du Petit Séminaire, souligne la nécessité de laisser les usages naître progressivement et de penser ensemble l’aménagement, mais aussi l’animation des lieux.
À Coulommiers, Léonard Cattoni et Charline Rollet, de l’agence Réseaux, parlent d’un « peuple des jardiniers ». Habitants, techniciens, associations, gestionnaires et concepteurs participent tous, à leur manière, à la transformation quotidienne des espaces.
Enfin, à Caen, l’agence LIN propose une charte d’usage évolutive pour accompagner la prise en main des espaces communs d’un immeuble : un cadre pour maintenir la co-gestion d’un lieu.
Partager la responsabilité exige de clarifier ce qui revient à chacune et chacun. Les habitants et les habitants doivent pouvoir s’impliquer selon leurs possibilités, avec une réelle capacité à peser sur les décisions. Leur engagement ne saurait compenser un manque de moyens publics ou remplacer le travail des professionnels. Il appartient aux institutions de soutenir ces contributions et aussi de reconnaître les métiers de l’entretien afin de garantir la continuité de l’attention portée aux quartiers.
Je suis convaincu que la durée d’un projet se prépare dans les relations que nous construisons dès son origine. Prendre le temps de se connaître et d’apprendre à agir ensemble permet de donner à chacun et chacune une place dans le devenir des lieux. Créer des synergies durables, c’est faire en sorte que le soin porté à un quartier devienne une capacité collective du quotidien.
Yoann Sportouch
Rédacteur en chef


