Pendant longtemps, les cours d’école ont été conçus sans les enfants. Pourtant, leur regard révèle des usages, des besoins et des idées que les adultes ne perçoivent pas toujours. Mais cela ne suffit pas car les enfants investissent tout autant l’espace public au-delà de ces établissements dédiés à leur apprentissage. En plaçant les élèves au cœur de la conception, Sara de Gouy défend une approche qui transforme à la fois la place accordée aux enfants dans les espaces scolaires et la manière de fabriquer la ville.

Pour elle, « les premiers experts de leur lieu, ce sont les enfants ». Loin d’une concertation symbolique, elle met en place un véritable processus d’apprentissage qui permet aux élèves de comprendre les outils des concepteurs avant de devenir eux-mêmes force de proposition. Dans le cadre du projet à Coulommier pour Quartiers de demain, elle propose de mettre en place des plans, des maquettes, des collages, des cartographies d’usage ou encore des observations des espaces. 

Sur la cour d’école, les méthodes mises en place permettent de révéler des usages souvent invisibles pour les concepteurs. Les enfants identifient les endroits où ils recherchent l’ombre lorsqu’il fait chaud, les espaces abrités lorsqu’il pleut, les lieux de conflits ou, au contraire, ceux où ils aiment se retrouver pour discuter. Ils distinguent également les espaces actifs des espaces calmes et réfléchissent collectivement à leur répartition. « La concertation ne fonctionne pas si on demande d’emblée : Qu’est-ce que vous voulez ? », explique Sara de Gouy.

C’est en comprenant progressivement les contraintes du projet que les élèves parviennent à dépasser leurs envies individuelles pour construire une vision collective de leur cour d’école. Les résultats sont concrets. Les projets livrés proposent une plus grande diversité d’usages : cabanes, espaces de lecture, jardins, lieux de jeux, zones de pleine terre ou encore classes en extérieur. Les enseignants eux-mêmes adaptent leurs pratiques et inventent de nouvelles règles d’usage afin que chaque classe puisse profiter de ces nouveaux espaces. 

La réflexion s’étend ensuite sur l’ensemble du quartier. L’équipe propose de repenser les chemins des écoliers, les parvis d’école, les espaces publics et les lieux de rencontre afin de favoriser l’autonomie des enfants dans leurs déplacements. Une aire de jeux au pied du château d’eau, des itinéraires sécurisés, une place plus importante accordée aux piétons ou encore des espaces de nature et de biodiversité sont imaginés comme autant de prolongements de l’école dans la ville. 

Les cours deviennent de véritables outils pédagogiques à l’aménagement. Pour Sara de Gouy, « l’école de demain ne s’arrête pas aux murs de l’école ». Elle devient un levier pour transformer tout un quartier et reconnaître les enfants comme de véritables citoyens capables de participer à la fabrique urbaine.

Rédigé par Zakaria Ksourou et Léa Demongeot Marais

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