LECTURE
Bâtir la vie. Un architecte témoin de son temps — Georges Candilis

L’architecte Georges Candilis a construit avant que quiconque ne lui demande son avis. Né à Bakou en 1913, formé à Athènes, il croise Le Corbusier en 1933 et rejoint son atelier parisien après-guerre, sur le chantier de l’Unité d’habitation de Marseille. Puis, il fonde sa propre agence avec Alexis Josic et Shadrach woods ; remporte le concours Opération Million ; et va au fil de sa carrière faire sortir de terre près de 4 000 logements. Dans toutes ces activités, il a toujours défendu cette architecture pensée depuis les usages plutôt que depuis la forme, au sein du collectif Team 10, comme une manière de bâtir pour le plus grand nombre.
Alors que ce plus grand nombre, justement, personne ne l’interrogeait à l’époque. Publié en 1977 pour la première fois, ce récit à la première personne raconte l’intérieur d’une époque où l’on programmait des logements pour des habitants qu’on ne rencontrait jamais, ou l’expertise technique suffisait à légitimer des choix de vie qui n’étaient pas les siens. Le lire aujourd’hui depuis nos ateliers de co-construction et nos démarches participatives, c’est mesurer le chemin parcouru. Et se demander ce qui, de cette confiance absolue dans le projet dessine depuis un bureau, continue malgré tout de hanter nos manières de faire la ville.
Éditions : Infolio
Prix : 16€
Recommandé par Florian De Pous
Grands ensemble. Violence, solidarité et ressentiment dans les quartiers populaires — Fabien Truong et Gérôme Truc

Le 9 janvier 2015, Amedy Coulibaly tue quatre personnes à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Il a grandi à Grigny, l’une des villes les plus pauvres de France. Grigny, suite à ça, est souvent résumée à la ville du terroriste. Fabien Truong et Gérôme Truc choisissent l’inverse : dix années à arpenter la Grande Borne et Grigny 2, à se faire accepter, à écouter. Pas de thèse plaquée sur le terrain. Des trajectoires, des voix, une matière vivante qui résiste aux explications rapides.
Ce que le livre donne à entendre, c’est ce qui se joue quand des politiques, des programmes, des dispositifs sont pensés loin des gens qui les habitent. Le trafic, la police, le chômage, le racisme, la stigmatisation médiatique, tout cela façonne un quotidien, mais jamais de façon uniforme, jamais sans réplique. Des solidarités se tissent là où on n’attendait que de la rancœur. Pour quiconque travaille à concevoir des programmes avec les habitants plutôt que pour eux, cette enquête pose une question qui ne se referme pas facilement : qui a le droit de parler d’un quartier, et depuis quelle place.
Éditions : La Découverte
Prix : 22 € ou 15,99 € en ligne
Recommandé par Achille Bourdon
WEBINAIRES
Les Webinaires Quartiers de demain

Pour diffuser les réflexions des équipes de Quartiers de demain, une série de webinaires a été organisée autour de thèmes transversaux aux quartiers prioritaires concernés. Parmi ceux-ci, ont été abordés les politiques de l’eau et du sol, des méthodes de réparation et de soin des territoires, la réhabilitation de façon décarbonée, comment faire évoluer l’architecture sur le temps long, et enfin, l’importance de considérer le paysage dans sa globalité dès le début des projets et pas comme un accessoire.
C’est ce dernier sujet qui résonne particulièrement avec ce numéro. Les réflexions, complémentaires à celles de nos contributrices de l’entretien Retourner les vulnérabilités en valeur de projet, proposent de reconnecter le corps au paysage pour toucher le sensible, à partir duquel on peut faire naître un projet ancré, fort en valeurs socio-culturelles. En faisant l’expérience de l’obscurité, on peut créer des ambiances nocturnes (au lieu d’un éclairage systématique) et donc une vie nocturne. Suivre un maillage de canaux et d’un cours d’eau pour définir des espaces de sport et de mouvement participe à cette cohésion entre corps et paysage. Créer des vergers, mais aussi des cuisines collectives pour transformer les aliments et des lieux pour partager les repas permet que le paysage soit vraiment au service de l’alimentation, porteur d’une identité locale forte. Autant d’explications inspirantes pour consolider l’interdépendance des humains avec leur environnement et cesser de réfléchir d’une manière dualiste.
Recommandé par Sara Castagné



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