Dans une période où tout semble se tendre, où les crises s’accumulent, sociales, économiques, géopolitiques et où même le coût de l’essence vient peser davantage sur les vies quotidiennes, une évidence s’impose :
avant de créer encore et toujours, il faut déjà tenir.
Tenir malgré les contraintes.
Tenir malgré les fragilités.
Tenir ensemble.
Dans ce contexte, une question s’impose : que faisons-nous vraiment quand nous transformons la ville ?
Pendant longtemps, nous avons valorisé l’innovation, la création, le projet, le geste.
Mais aujourd’hui, une autre évidence apparaît.
Comme le rappellent Jérôme Denis et David Pontille, le monde ne tient pas d’abord par ce que l’on construit, mais par ce que l’on maintient. Par ces gestes invisibles, quotidiens, souvent ignorés, qui permettent aux choses de durer et, à travers elles, aux vies de continuer.
Car entretenir un lieu, un bâtiment, une infrastructure, c’est toujours, aussi, prendre soin des relations qu’ils rendent possibles. C’est là que la réhabilitation prend tout son sens.
Non plus comme une manière de faire du neuf, mais, comme le propose Anna Chavepayre,
comme une façon de redonner de la dignité à ce qui est déjà là.
Faire avec.
Respecter.
Révéler.
Dans une société sous tension, où les ressources se raréfient et les vulnérabilités s’accroissent, réhabiliter n’est pas un nouveau slogan. C’est une nécessité.
Mais maintenir et réhabiliter imposent une chose essentielle : on ne peut pas le faire seul. Là où construire à partir de rien peut encore relever d’un geste solitaire, presque démiurgique, maintenir demande autre chose.
Du temps.
De l’attention.
Et surtout, de l’écoute.
Écouter celles et ceux qui utilisent.
Écouter celles et ceux qui entretiennent déjà.
Écouter celles et ceux qui, souvent, dans le cadre de cette mission, restent invisibles.
C’est ce que racontent, chacune à leur manière, les expériences réunies dans ce numéro.
Le Palais de la Femme, où transformer passe par la co-conception et l’attention aux usages.
L’horloge du Panthéon, remise en marche dans l’ombre par quelques engagés.
Des situations différentes, mais une même leçon : le soin commence là où l’on recommence à regarder.
Alors peut-être que, dans la période que nous traversons, l’enjeu n’est pas d’abord d’inventer toujours plus.
Mais d’apprendre à faire durer.
À prendre soin.
À écouter.
À faire avec.
Parce qu’au fond, avant de transformer le monde, il faut déjà réussir à le faire tenir.
Yoann Sportouch, rédacteur en chef


