Rencontre avec Stéphane Cochet, l’architecte des logements sociaux bois et passifs

Billet
LDV Studio Urbain , le 15 mai 2017
En association avec Bruno Garnier, Stéphane Cochet a conçu 17 logements sociaux passifs sur la base d’une optimisation des plans et de l’enveloppe du bâtiment. Le partage des usages et les économies énergétiques induites permettent de réduire les coûts de construction et de démocratiser l’accès au logement responsable. La structure habitable implique un changement de pratiques au quotidien pour lequel les nouveaux habitants ont été accompagnés tout au long des phases de conception et de construction.

En quoi le logement se positionne comme le premier maillon d’un renouvellement urbain plus responsable ?



Si l’on se situe dans le champ du développement durable au regard du principe de la responsabilité pour les générations présentes, les différents scénarios soutenables au regard des enjeux du dérèglement climatique et de l’épuisement des ressources, nous mènent sur la voie d’un changement de paradigme vis à vis du développement de nos sociétés «industrielles» tel que nous le connaissons depuis l’invention de la machine à vapeur (1698), basé sur l’extraction minière sur Terre et en Mer, associé à une puissance de Feu (Energie) toujours plus intense. Appliqué à la question urbaine et du logement, le scénario pour une société sans carbone présenté par l’association Négawatt, se traduit par une réduction drastique de la construction, de l’artificialisation des sols et de l’étalement urbain, une priorité donnée à la réhabilitation en masse du parc existant et à la densification des zones déjà construites (la ville sur la ville).

Comment la dimension sociale de nos sociétés peut impulser le changement de nos sociétés urbaines ?



Pour construire une société soutenable au 21e siècle, il nous faut là aussi changer de paradigme sociétal. Ce changement, à l’ère de l’Anthropocène, passe peut être par une réinvention de notre rapport au « non-humain » et à la planète Terre qu’il nous faut ré- parer. Claude LeviStrauss a écrit un texte inaugural en hommage à J.J Rousseau, où il rappelle que le « contrat social » s’adosse au « contrat naturel ».
Dans nos PLU, l’expression « mettre en valeur la ressource naturelle » revient à exploiter et à épuiser celle-ci. Le mouvement des Villes en Transitions, les expérimentations et modèles issus de la Permaculture, montrent la voie d’un nouveau rapport que nos sociétés humaines peuvent construire pour une relation durable à la planète, de nature à ré-enchanter la ville.

Est-il possible de massifier des interventions comme celles que vous avez faites à Montreuil ?

La construction des 17 logements sociaux à R+5 tout bois et passif, montre que l’on peut réaliser un habitat de ce type à des coûts équivalent à un bâtiment béton et RT2012. C’est un ouvrage que nous définirions comme Low Tech (économe en ressources non renouvelables et techniques) et résilient (adaptation au dérèglement climatique). Le rapport sur la soutenabilité du Grand Paris, fait état d’un déficit de plus en plus grand en ressources de sable et de granulat pour construire en béton armé. La production de ciment est une des industries la plus émettrice de GES à l’échelle planétaire et sera donc impactée de plein fouet par la mise en place des taxes carbones et l’inflation des coûts d’approvisionnement énergétique. Si l’on veut pouvoir continuer à construire à coût maîtrisé dans les années qui viennent, il nous faut d’ores et déjà diversifier nos moyens de production du bâtiment.

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