Ça fait l'actu !

DĂ©couvrez ma ville sans services publics

RĂ©cit
La RĂ©daction , le 05 avril 2018
Nous sommes dĂ©jĂ  en Juillet 2020. Cela fait presque 2 ans que la disparition soudaine des services publics affecte nos quotidiens et que l’on essaie de s’en sortir du mieux que l’on peut. Je crois qu’on ne s’en sort pas trop mal.
Mais aujourd’hui est un jour un peu particulier. Une nouvelle fontaine citoyenne a ouvert – la quatriĂšme de la ville, juste entre l’ancienne bibliothĂšque municipale et le centre de tri des dĂ©chets. Du moins ce qu’il en reste.

Cette fontaine m’est importante. J’ai travaillĂ© plusieurs semaines sur son projet de construction. En tant que gĂ©ographe, j’apportais mon aide pour dĂ©finir son emplacement idĂ©al. Il faut dire que les cartes hydrogĂ©ologiques que j’avais conservĂ©es depuis mes annĂ©es de fac m’ont bien Ă©tĂ© utiles. Et aujourd’hui, on inaugure enfin ce nouvel Ă©quipement, quelle excitation !

Mais l’évĂ©nement a lieu de l’autre cĂŽtĂ© de la ville, il faudra que je trouve un moyen de m’y rendre. Sans les transports publics que nous avions l’habitude de prendre, je vais devoir me dĂ©brouiller pour rejoindre d’abord l’ancienne bibliothĂšque, avant de poursuivre Ă  pieds sur le terrain en friche qui mĂšne Ă  la nouvelle fontaine. C’est le quotidien de tous les citoyens dĂ©sormais : tout le monde s’est adaptĂ© au manque de services de transports publics comme le mĂ©tro, le tram, le train
 Les offres de covoiturage ont explosĂ© et dans le centre de la ville, la colocation est mĂȘme devenu la norme pour rester au plus prĂšs de nos lieux de vie. Je crois d’ailleurs que cette reconquĂȘte des logements en centre-ville a permis de redynamiser un peu les espaces urbains, mĂȘme ceux qui n’ont pas spĂ©cialement de commerces. On voit en tout cas davantage de personnes en extĂ©rieur, qui s’approprient les espaces publics, les places, les parcs. Je crois que ma ville revit un peu, surtout depuis qu’elle est traversĂ©e en surface, que nous partageons nos dĂ©placements et que nous n’empruntons plus le monde de l’anonymat, celui des souterrains sombres d’un mĂ©tro bruyant et agressif.

Photo ©Mahkeo via Unsplash



De plus en plus de personnes utilisent aujourd’hui cette application de vĂ©los partagĂ©s. C’est l’un des nouveaux rĂ©seaux sociaux, mais celui-ci fonctionne particuliĂšrement bien auprĂšs des citadins. Les coordonnĂ©es des utilisateurs sont indiquĂ©es dans une base de donnĂ©es et si certains dĂ©noncent cette maniĂšre de faire, cela permet en rĂ©alitĂ© de partager au mieux les vĂ©los entre utilisateurs. Il suffit de contacter la derniĂšre personne Ă  avoir utilisĂ© l’un des vĂ©los partagĂ©s pour lui demander si nous pouvons l’emprunter Ă  notre tour. En contactant un de mes voisins, j’ai ainsi pu trouver mon moyen de locomotion en Ă  peine cinq minutes et ici, le vĂ©lo est le meilleur moyen de : se dĂ©placer, la circulation y est vraiment agrĂ©able. Au dĂ©but, nous pensions tous que ça serait le chaos en ville, surtout concernant le stationnement ou l’utilisation de la chaussĂ©e.

Nous nous attendions au pire, puisque les forces de l’ordre ne sont plus actives en ville et que ce sont les citoyens qui assurent les fonctions de police. Mais c’était sans compter sur les rĂ©elles difficultĂ©s Ă  trouver du carburant, ni sur l’encombrement automobile qui lui, est bien rĂ©el au-delĂ  du pĂ©riphĂ©rique. Dans le centre, nous sommes comme dans une bulle protectrice, Ă  l’abri des dĂ©placements lourds et anarchiques. Les citadins ne prennent en effet plus le risque de perdre du temps et de l’argent en utilisant leur vĂ©hicule personnel dans un environnement oĂč les feux de circulations ne sont mĂȘme plus en Ă©tat de fonctionner : on s’adapte, on Ă©carte l’usage des voitures, laissĂ©es aux entrĂ©es de ville dans les anciens espaces privĂ©s de la gare ferroviaire. Ça libĂšre de la place en centre-ville et les visiteurs peuvent profiter de nos grands parkings en pĂ©riphĂ©rie pour se rendre dans le centre.

En ce qui concerne les feux de circulation et l’éclairage, il faut bien admettre que c’était l’hĂ©catombe pendant les premiers mois. Avec l’arrĂȘt de l’activitĂ© de tous les fournisseurs d’énergie et des services de la Ville, le rĂ©seau public sur lequel tout le monde se branchait clandestinement est trĂšs rapidement devenu dĂ©suet. Les entreprises privĂ©es ont alors profitĂ© de l’occasion pour vendre leurs panneaux solaires, leurs Ă©oliennes et tous les autres moyens de produire sa propre Ă©nergie ! Maintenant, les Ă©oliennes font partie du paysage urbain, elles sont de toutes les tailles, de toutes les couleurs et parfois de formes trĂšs Ă©tranges ! Je ne pensais pas qu’un tel objet pouvait ĂȘtre aussi efficace. L’énergie est produite localement, collectivement, et c’est beaucoup plus simple comme ça ! Et puis surtout, c’est une belle source de fierté : qui n’a jamais rĂȘvĂ© de devenir Ă©nergĂ©tiquement autonome et mĂȘme d’en faire profiter ses voisins ?

Mais me voilĂ  dĂ©jĂ  Ă  l’ancienne bibliothĂšque, c’était plus rapide que je ne l’imaginais ! Dans cet ancien bĂątiment qui date de la reconstruction, quelques association de citoyens ont investi les lieux pour en faire un genre de ferme urbaine. Je crois qu’elle est plutĂŽt apprĂ©ciĂ©e dans ce quartier. Moi, je prĂ©fĂšre me rendre Ă  celle qui se trouve au nord de la ville, plus proche de chez moi, je peux y donner un coup de main chaque semaine, selon mon envie. J’y apprends de nouvelles techniques et j’en enseigne mĂȘme quelques une aux plus jeunes qui nous rejoignent rĂ©guliĂšrement. Ici, l’idĂ©e de bibliothĂšque a Ă©tĂ© conservĂ© par les associations. On peut y bouquiner tranquillement auprĂšs des carottes. Certains lisent mĂȘme des poĂšmes aux lĂ©gumes, il se dit que ça les rend meilleurs.

Me voilĂ  arrivĂ© devant le centre de tri, Ă  une centaine de mĂštres derriĂšre la ferme-bibliothĂšque. Il y a plus de monde que je ne le pensais ! Il faut dire qu’une nouvelle fontaine en ville, c’est quand mĂȘme quelque chose ! D’ailleurs, la fĂȘte a dĂ©jĂ  commencĂ© et certains ont commencĂ© Ă  danser autour de l’équipement, comme pouvaient le faire dans les westerns les Sioux autour de leur totem. Et puis le travail a Ă©tĂ© de longue haleine de la part des ingĂ©nieurs, des gĂ©ologues, des chimistes qui ont travaillĂ© d’un commun accord avec les habitants, il est temps de profiter maintenant !

Aujourd’hui est dĂ©cidĂ©ment un jour un peu particulier.

Tous les citadins se sont retrouvĂ©s autour d’un mĂȘme Ă©vĂ©nement, autour de leur construction commune, menĂ©e collectivement afin d’apporter ce symbole de la vie en pleine ville  : un nouveau point d’eau potable. Tout le monde est aujourd’hui bel et bien lĂ , entre l’ancienne bibliothĂšque et le centre de tri. Parce qu’aujourd’hui, nous nous sommes tous retrouvĂ©s et avons fiĂšrement profitĂ© de l’occasion pour fĂȘter autour d’un grand brasier, la renaissance de notre ville.

Photo de couverture ©Eduardo Espinoza Raggi via Unsplash





Vous aimerez aussi ...

_ BrĂšve

D'ici 2030, Milan plantera 3 fois plus d’arbres qu'elle ne compte d’habitants. Oui, vous avez bien entendu, c’est le pari fou que s’est donnĂ©e la ville italienne pour les 10 prochaines annĂ©es !

_ BrĂšve

Les trajets domicile-travail, ce que les spĂ©cialistes appellent les dĂ©placements pendulaires, font l’objet de nombreuses Ă©tudes sur les populations et territoires. Cela peut concerner le temps du trajet, le moyen de transport utilisĂ© ou encore des analyses plus poussĂ©es sur la division spatiale des activitĂ©s. Deux chercheurs australiens, Liang Ma de l’Institut Royal de Technologie de Melbourne, et Runing Ye de l’UniversitĂ© de Melbourne, ont observĂ© les divers impacts de ces dĂ©placements sur notre professionnalisme.

_ BrĂšve

Sous les regards curieux des passants, une structure à la forme étonnante se dresse en plein Paris. Installation artistique ? Théùtre de rue ? Exposition ? Concert ? Son aspect questionne et intrigue
 Et si vous y entriez pour découvrir ce que cache la coquille de cet escargot urbain ?

0 Commentaires

  1. […] DĂ©couvrez ma ville sans services publics Nous sommes dĂ©jĂ  en Juillet 2020. Cela fait presque 2 ans que la disparition soudaine des services publics affecte nos quotidiens et que l’on essaie de s’en sortir du mieux que l’on peut. Je crois qu’on ne s’en sort pas trop mal. Mais aujourd’hui est un jour un peu particulier. Une nouvelle fontaine citoyenne a ouvert – la quatriĂšme de la ville, juste entre l’ancienne bibliothĂšque municipale et le centre de tri des dĂ©chets. Du moins ce qu’il en reste. […]

LAISSER UN COMMENTAIRE


CAPTCHA Image
Reload Image