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Comment stopper la démission de nos maires ?

Débat
La Rédaction , le 23 novembre 2018
Les maires des villes de banlieues et des petites communes démissionnent de plus en plus, démotivés par le manque de moyens, lassés par leur surmenage et le manque de considération de l’Etat et des citoyens. Alors comment stopper les démissions ? Comment redonner du sens à l’échelle locale et à cette fonction ?
Ce Jeudi 22 Novembre se termine le Salon des Maires et des Collectivités locales, un rendez-vous annuel à l’échelle nationale dédié aux grands acteurs de la commande publique et leurs partenaires. Les futures élections municipales sont en 2020, pourtant, on assiste à la démission de plus en plus de maires, un fait inquiétant qui s’explique par différentes difficultés rencontrées notamment par les maires de petites communes et ceux de villes précaires.

Ainsi, le maire de Sevran annonçait le 27 mars 2018 sa démission face à l'insuffisance des politiques publiques en banlieue. Une situation courante aussi pour les maires de petites communes, comme en Alpes maritime où l’on a constaté 55% de démissions en plus cette année, provoquée par des difficultés croissantes à exercer leur mandat.

Autre facteur aggravant, la récente suppression de la taxe d’habitation qui « représente 34% des recettes fiscales des communes, mais aussi la forte baisse des contrats aidés, considérés comme une bouffée d'oxygène dans les campagnes » a aggravé la situation des communes. Certaines d’entre-elles se sont vu obligée d’augmenter les impôts locaux, ce qui a provoqué la colère d’habitants.

Les maires se sentent délaissés par l’Etat, déconsidérés par les citoyens, une situation qui fait de leur statut une fonction de moins en moins enviable, surtout pour les petites communes ou celles en difficultés. D’ailleurs, beaucoup de maires sont aussi au bord du burn out, notamment dans les petites villes où certains sont retraités et âgés, ou bien cumulent une vie d’élu communal avec une vie professionnelle.

On s’est donc posé une question simple : comment redonner du sens à cette fonction et permettre plus de soutien de la part de la société civile, pour stopper la démission des maires ? Voici quelques modestes pistes de réflexions pour débattre, mais aussi imaginer autrement cette fonction et lui donner toujours plus de sens.

Les communes, les berceaux de la démocratie locale



Pas facile de s’y retrouver dans les différentes échelles politiques et territoriales. Le Maire est un acteur local élu par le conseil municipal pour assurer l’autorité communale. Son pouvoir dépend des compétences accordées aux communes. Une marge de manœuvre pas toujours claire pour l’ensemble des citoyens. A l’échelle communale, de nombreuses décisions sont prises pour les villes, mais d’autres échelons territoriaux entre en compte dans un jeu de compétences complémentaires. Le Maire ne peut pas décidé de tout, que ce soit parce qu’il doit respecter un budget voté et restreint par les ressources dont disposent sa commune, ou que de part sa légitimité dans un certain cadre en fonction des compétences qu’il exerce.

Il apparaît donc comme primordial que chaque citoyen puisse juger des décisions prises en ayant connaissance aussi du jeu d’échelle, leur donner les clés pour comprendre la situation des maires. En donnant plus de place aux citoyens dans les décisions, cela permet de faire de l’échelle communale l’endroit privilégié d’un renouveau démocratique et faire prendre conscience des enjeux qui sont du ressort des compétences des maires. L’idée est bien de donner envie aux habitants de s’impliquer davantage, de renouer le dialogue entre citoyens et élus.

Les « civic-tech » se développent aujourd’hui pour faire plus de liens entre les autorités communales et leurs habitants, comme avec l’application Maires et Citoyens, qui propose différents services pour renouer le dialogue entre les citoyens et la mairie. D’autres dispositifs de démocratie participative naissent pour renforcer la démocratie participatives et permettre plus de liens entre les élus et les habitants.


©Maires et Citoyens

Impliquer toujours plus les citoyens, c’est aussi leur donner un rôle dans les décisions budgétaires. Depuis quelques années fleurissent alors les budgets participatifs qui permettent de renouer avec le local et recréer un lien avec les citoyens, en leur donnant la possibilité de décider des actions auxquelles seront affectées une partie du budget communal.


©Budget participatif de Paris

Développer la participation citoyenne et la démocratie locale donne plus de sens à l’échelle communale et permet de créer un lien plus complice entre les élus et les habitants.

La commune, comme territoire de projet



Pour le cas des petites communes, souvent leur faible population engendre un manque de moyens, alors même que les besoins restent conséquents. Comment mettre en place des projets quand l’argent des communes va prioritairement dans le maintien des infrastructures et ne permet pas d’investir dans des équipements comme des écoles, terrain de sport, salle communale ou autres projets pourtant vitaux au maintien d’un bien vivre ?

Pour pallier à ces problématiques, de nouveaux financements et moyens d’actions émergent, issus de l’économie sociale et solidaire. Par exemple, des plateformes de financement participatif portent aujourd’hui des projets de collectivités locales, avec Collecticity, un moyen alternatif pour les mairies qui permet notamment de ne pas avoir recours à un crédit bancaire. D’autres plateformes de crowdfunding financent, elles, des initiatives portées par les citoyens, comme Co-citoyens, ce qui permet de pallier le manque de moyens de certaines communes et le développement de projets intéressants pour et par les citoyens. Des projets qui peuvent être de véritables leviers pour les petites villes, avec l’installation de nouvelles activités, services, commerces, équipements, lieux qui participeront à leur dynamisme.

Miser sur l'Économie sociale et solidaire (ESS), ainsi que sur l’innovation sociale c’est, dans beaucoup de cas, permettre la création de projets locaux essentiels pour les territoires. L’ESS vient souvent pallier le manque de moyens des pouvoirs publics et permet de nouveaux modes de financement, notamment européens. Cette économie propose des structures intermédiaires qui peuvent aider les citoyens à s’impliquer autrement dans leurs communes. C’est aussi le moyen de mettre en place des projets voulus par les habitants, qui répondent donc à leurs besoins.

Et si cela passait aussi par un réinvestissement dans l’économie locale ?



Pour certaines petites villes, les cas de suppression d’écoles se multiplient, alors même qu’un investissement des maires dans ces projets est effectué, puisque dans beaucoup de cas, il s’agit d’un véritable enjeu pour garder des populations jeunes dans les petites villes et villages.

Les maires ont donc besoin de retrouver les moyens d’agir pleinement sur leur territoire, que ce soit financièrement avec une répartition des richesses plus équilibrée, mais aussi en termes de moyens humains. Les grandes villes ont tendance à capter l’ensemble des ‘richesses’, or les maires devraient pouvoir avoir accès à des moyens permis par une décentralisation financière. Le recrudescence des démissions s’explique dans la majorité des cas par un manque de moyens face à des besoins auxquels les maires ne peuvent pas répondre. De ce constat découle alors une démotivation face à la difficulté rencontrée à mettre en place des projets locaux.

Alors qu’aujourd’hui l’économie se disperse et semble s’éloigner des territoires, il faudrait peut-être réinvestir dans l’échelle locale, lui donner une place de choix dans les décisions, notamment pour des villes post pétrole, avec le développement des centres urbains, des circuits courts, et rendre ainsi les petites communes de nouveau attractives. Le développement d’une richesse locale peut passer par la création de monnaies locales, qui favorisent les échanges en circuits courts et sensibilisent aussi les citoyens.

Vers moins de solitude pour les maires des petites communes



Face à leur responsabilité et leur charge de travail, les mairies des petites communes souffrent. Stopper leur démission passerait alors aussi par davantage d’accompagnement, avec plus de moyens humains, mais aussi de formations et d’outils pouvant les aider dans leurs tâches au quotidien. Des solutions sont donc à imaginer pour permettre des relais pour allier deux fonctions : vie professionnelle et vie de maire.

De plus, on assiste à une forte problématique : les élus sont souvent âgés, beaucoup sont retraités, car les jeunes, peu disponibles en raison d’emploi plus prenants ont du mal à s’investir. Comment donner un statut d’élu qui puisse permettre à des jeunes de s’investir pleinement dans leur fonction et ainsi candidater ?

La tâche n’est pas aisée, surtout qu’elle demande beaucoup de formations pour saisir l’ensemble des démarches administratives et juridiques de la fonction. L’offrir en formation accessible à tous les citoyens pourraient être renforcée pour mieux accompagner les élus dans leur fonction, et même des services relais, comme appui au quotidien pourrait être créé pour ne pas laisser les élus seuls face à certaines problématiques. Peut-être ce rôle pourrait être accordé aux échelles supra-communales, bien qu’il faudrait davantage un ensemble d’acteurs apolitiques afin d’éviter les conflits politiques potentiels, apporter un appui neutre dans l’exercice des fonctions et leur permettre de faire remonter les difficultés éprouvées localement.

Les terrains à explorer sont nombreux pour redonner du sens à la fonction de maire et à l’échelle locale. Le gouvernement a affirmé récemment s'emparer de cette question. Espérons que demain ce rôle essentiel pour nos villes, petite et grande, retrouve son attrait par des mesures concrètes et une approche dans son ensemble.

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