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Les contradictions de l’urbanisation globale du monde, selon Michel Lussault paru sur Demain la Ville

Billet
LDV Studio Urbain , le 10 mai 2017
Le mardi, place Saint-Germain-des-Prés, se tient un rendez vous secret. Les Mardis de la Philo organise des conférences philosophiques afin « de mettre une pensée philosophique à la portée de non philosophes ». Au programme, « Albert Camus, vivre sans appel », « Le principe solidarité », « S’instruire et rêver avec Bachelard », « Philosophie de l’identité »… mais aussi, « Le Devenir urbain du monde » et « La Ville dans la pensée contemporaine ». Ce sont ces deux derniers thèmes, animés par le duo explosif Thierry Paquot – philosophe – et Michel Lussault – géographe – qui nous ont évidemment intéressés.


L’urbanisation planétaire


Le mardi 22 mars, Michel Lussault abordait la question de « L’Habitation humaine ». Un vaste sujet, empli de contradictions, dont nous allons tenter de vous conter le déroulé.

« Le jardinier d’aujourd’hui c’est l’ensemble des habitants de la planète », constate le fameux paysagiste Gilles Clément. « La population humaine est responsable dans son ensemble du jardin planétaire ». En d’autres termes, chacun a le devoir personnel de penser à son échelle la condition du monde. L’« écoumène », c’est-à-dire, l’espace anthropisé[1] est par essence l’affaire de tous. Chacun de nous est co-responsable de son avenir. Cependant, Lussault se détache de la pensée de Clément lorsqu’il affirme que la planète ne peut être assimilée à un immense jardin compte tenu de son urbanisation généralisée. La planète, méta-urbanisée, est marquée par l’urbanisation au-delà même de ses limites terrestres. Les océans, eux aussi, en portent l’empreinte, sillonnés d’immeubles flottants, griffés par des chalutiers, percés par des tubes d’extraction minière et piqués de parcs éoliens offshore. L’atmosphère elle-même est impliquée dans ce processus d’urbanisation. La moitié du CO2 émis provient de 13 % de la population mondiale, révélant que, bien que l’urbanisation soit globalisée, la production de gaz à effet de serre est le fait des pays les plus riches.




L’urbanisation des individus et des sociétés est donc généralisée. Afin de la caractériser, Michel Lussault reprend l’expression de Vladimir Jankélévitch de « complexité avec exposant ». La complexité de l’urbanisation résiderait dans la mise en lien de chaque réalité avec l’ensemble de toutes les autres. La complexité serait donc portée à la puissance N par cet effet-système généralisé et comme chacun sait, lorsque l’exposant N devient supérieur à 2, ça se gâte ! Un effet de puissance provoqué par la mondialisation urbaine, en quelque sorte. Bref, pour reprendre un vocabulaire plus intelligible : les réalités urbaines sont paradoxales sur de nombreux points et nos relations à elles sont ambiguës. D’où notre grande difficulté à identifier les situations urbaines et à cerner les conséquences les plus évidentes de l’urbanisation. Quelques couples de notions contraires permettent d’éclairer les processus en cours.

Une urbanisation qui ne consomme pas, mais qui produit de l’espace


L’urbanisation rassemble les populations, c’est un fait. Pourtant, malgré l’augmentation démographique, l’espace occupé a tendance à diminuer. Ainsi, l’idée reçue que l’urbanisation consomme de l’espace est fausse, elle en produit tout autant.



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