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Des toilettes publiques pour tous ?

Débat
La Rédaction , le 04 octobre 2018
La campagne publicitaire lancée récemment par la Mairie de Paris met en évidence une question sur laquelle nos villes doivent forcément se pencher : où et comment les citoyens peuvent-ils satisfaire leurs besoins. On s'est alors demandé comment cela avait été intégré au fil des siècles dans nos villes ? Qu'en est-il aujourd'hui ?
Faire ses besoins, une nécessité !

Le soulagement des déjections étant un besoin humain fondamental, l’histoire des toilettes remonte à l’origine de la civilisation. Si on connaissait déjà depuis des siècles avant J.-C. des systèmes d’évacuation des excréments par l’eau, c’est certainement dans la Rome antique qu’on trouve les aménagements sanitaires les plus connus. Les déjections étaient, à ce moment-là, déversées dans les rues et s'accumulaient dans un canal central jusqu’à ce que la pluie nettoie la rue. Les eaux étaient ensuite collectées dans le Cloaca Maxima, littéralement “le plus grand égout”.

La Cloaca maxima de Rome ©rome-roma.net


Au Moyen âge, les systèmes se sont divisés : alors qu’en Asie, on les réutilisait comme engrais, en Europe, les pots de chambre étaient jetés dans la rue avec les ordures, ou même, les habitants déféquaient directement dans la rue.

Alors comment est-on arrivé aux toilettes publiques ?

Avec le développement parallèle de l’urbanisation, de l’industrialisation, de la médecine et de l’hygiénisme, les municipalités commençaient à créer des installations spécifiques. C’est donc au début du 19ème siècle que les grandes villes comme Paris, Berlin et Londres commençèrent à installer des toilettes publiques. Dans les quartiers qui manquaient d’espaces, elles étaient construites en sous-sol avec un accès par des escaliers. Ces toilettes ont d’ailleurs parfois été élargies afin qu’elles constituent un espace sécurisé où l’on pouvait se reposer (d'ailleurs, en anglais on dit “rest”-room, ce n'est donc pas pour rien).

Une sanisette à Paris ©wikipedia.org


À leurs débuts, ces toilettes étaient gratuites, mais cela a changé avec la loi votée par le Conseil de Paris en 1980 et la construction des premières “sanisettes” qui s’est faite la même année. En 1991, la Mairie de Paris a signé un contrat de concession avec la société JCDecaux, qui a inventé ces toilettes. Leur gratuité a été rétablie en 2006 (à Paris, mais aussi à Nantes, Strasbourg et Lyon) ! Ces mobiliers urbains ont fait l’objet de débats et de controverses, plus pour des questions de financement que pour des questions d’utilité.

Les toilettes publiques gratuites ont ainsi disparues peu à peu de nos villes. Mais les urinoirs urbains reviennent doucement. Récemment, dans le cadre de l’initiative “Rendons Paris Propre”, la municipalité a introduit l’uritrottoir, une pissotière écologique qui permet aux citadins (masculins) de se soulager en pleine rue. Car même si uriner dans la rue est passible d’une amende de 68 euros en 2017, et que plus de 5 000 personnes ont été verbalisées, le phénomène prend de l’ampleur à cause du besoin croissant et le manque de toilettes.

Initié grâce au budget participatif, ce dispositif est constitué d’un bac-réservoir en paille, surmonté d’un bac à fleurs. L’uritrottoir permet donc à la fois de faire du compost et de faire pousser des fleurs. Néanmoins, il n’en existe que quelques rares dispositifs pour l’instant.

Des uritrottoirs sont aussi installés à Nantes ©tendanceouest.com


L’importance des toilettes publiques se montre notamment lors de grandes manifestations, pendant lesquelles sont installées des toilettes temporaires. C’est depuis les dernières années que les toilettes sèches, également appelées toilettes à compost, reviennent à la mode.

Mais que mettent en place d’autres villes dans le monde ?

Le sujet des toilettes publiques n’est de loin propre au contexte parisien et le problème se pose dans toutes les villes du monde. Le cas des pays en voie de développement est très intéressant, mais pour rester dans des cas proches de nos villes, on peut évoquer le Japon, qui est probablement pionnier. Non seulement les toilettes y sont plus élaborées, mais leur nombre reste également bien plus élevé qu’ailleurs. En effet, que ce soit dans des centres commerciaux, supermarchés, supérettes, parc ou les gares les plus petites, elles n’y sont non seulement omniprésentes, mais également d’une propreté remarquable.

Exemple de toilettes costumisées ©curbed.com


D’ailleurs, pour les Jeux Olympiques de 2020, un festival d’art de décoration des toilettes publiques a été lancé. Les organisateurs souhaitaient que les décorations améliorent l’image de la ville et assurer aux utilisateurs un confort idéal avec une propreté irréprochable.

En Suède, les toilettes sont unisexe ©curbed.com


Se pose aussi l’accessibilité de ces toilettes publiques aux femmes. Pour plus d'égalité de genre, les toilettes publiques sont unisexes en Suède. Une démarche qui a provoqué beaucoup de débats et qui peut surprendre, mais qui est motivée par l'idée de rendre l'ensemble des toilettes accessibles à tous, et plus propres.

Des toilettes publiques pour tous ?

La possibilité d’avoir accès facilement aux toilettes en ville semble être un service anecdotique. Et pourtant, nous en avons tous besoin au quotidien ! Le “droit de miction”, c’est-à-dire le “droit de se soulager”, ne devrait-il pas devenir un droit pour tous en ville ?

La question des toilettes publiques relève au fait du droit et de l’aménagement des espaces publics. Ces dernières années, notamment avec la réintroduction de la gratuité des toilettes publiques, la situation est en progrès, même si certaines d’entre elles sont dysfonctionnelles, mal entretenues et fermées la nuit. Néanmoins, cela reste une question de plus en plus prégnante, avec la hausse des personnes sans domicile fixe, notamment de réfugiés condamnés à vivre dans nos villes mal équipées. La mise en place de toilettes publiques gratuites, propres et nombreuses, permettrait un accès aux démunis à l’intimité et à l’hygiène, ainsi que de préserver l’espace public en réduisant les épanchements d’urine.

On peut donc espérer que nos villes prennent plus au sérieux cette thématique pour voir revenir ces services élémentaires d’hygiènes afin de permettre à tous d’avoir accès à ce minimum qui peut grandement changer la vie de certains. Dans cette voie, le retour des bains-publics est aussi à penser comme un des services élémentaires pour des villes plus humaines.

Oeuvrer pour plus de toilettes en ville sera demain le moyen de rendre ses espaces publics plus propres, davantage adaptés aux besoins de ses visiteurs et habitants, mais aussi d'agir pour plus de dignité humaine pour tous !

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