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La relation Architecture – Haute couture est-elle incestueuse ?

Débat
La Rédaction , le 01 mars 2018
Depuis le 6 Février dernier, la Fashion Week défile entre Milan, New-York, Londres... Cette semaine et jusqu’au 6 Mars, c’est à Paris qu’elle achève sa tournée pour la saison Automne-Hiver 2018-2019. La mode est une sphère active, domaine éphémère qui évolue selon des cycles. À l’inverse, l’architecture représente quant à elle un univers qui a vocation a laisser une empreinte durable dans le paysage urbain. Pourtant, nous constatons que ces deux mondes artistiques qui fondamentalement s’opposent, se conjuguent finalement assez régulièrement.
S’il arrive que les créateurs de mode s’inspirent de certaines œuvres architecturales, que l’architecture représente des courants de pensées qui s’alternent au même rythme que les tendances vestimentaires, une relation bien particulière se constitue. Mais quelle est la nature de cette relation entre deux cousines de la grande famille de l’Art ?

Architecture et Haute couture dans la grande famille de l’Art

Malgré leurs différences de support et de temporalité, la mode et l’architecture sont deux secteurs tout à fait similaires. Respectivement dans un vêtement ou dans un bâtiment, c’est l’évolution du corps humain dans la construction d’une enveloppe de textile ou de bâti qui est intégrée par les artistes. Justement, c’est fondamentalement la création artistique qui est le principal dénominateur commun permettant d’unir les deux mondes sous une même bannière : celle d’une conception d’abord idéalisée sur papier, avant d’être reproduite en 3 dimensions. Dans un cas comme dans l’autre, la précision et la rigueur artistique sont de mise. Le coup de crayon doit être à la fois stable et audacieux. Les connaissances culturelles doivent être solides et une profonde réflexion mêlant philosophie, histoire et sociologie doit être menée pour présenter un projet bien intégré dans son époque et dans son contexte.

Disciplines autant visuelles que conceptuelles, autant artistiques que techniques, la mode et l’architecture s’alimentent autour d’un tronc largement commun. À tel point que les deux métiers tendent parfois à se confondre, voire à inverser leurs rôles : lorsque l’architecte réalise de la haute couture architecturale, les créateurs quant à eux n’hésitent pas à s’inspirer d’œuvres architecturales pour dessiner leurs projets vestimentaires. L’architecte Rudy Ricciotti fait par exemple régulièrement allusion à la précision de la dentelle dans les bâtiments qu’il dessine, par le biais d’une structure en béton ultra-fine. Au MuCEM notamment, la délicate enveloppe n’est pas sans rappeler la maille d’une résille enfilée par le musée. C’est également le cas du futur bâtiment dédié à la maison de luxe Chanel



Shamekh Al-Bluwi est lui aussi architecte. Mais il est également passionné par le monde de la mode et ces deux univers sont pour lui l’occasion d’imaginer des vêtements aux motifs entièrement inspirés du monde urbain ! D’ailleurs, la mesure du corps se retrouve bien dans les deux domaines : Le Corbusier, en créant son « modulor », ne serait-il donc pas à sa manière un artisan de la « Haute Architecture » ?



Le produit détonnant d’une relation excentrique

D’une étincelle artistique, d’une représentation graphique en 2 dimensions jusqu’à la fabrication en 3D, la mode et l’architecture se rendent donc la balle à tour de rôle. Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver des architectes qui s’associent à de grands créateurs. L’archistar français Jean Nouvel a par exemple rencontré Yohji Yamamoto dans le cadre de la Paris Design Week en 2015. L’architecte de renommée mondiale a en effet réalisé du mobilier pour une des boutiques du couturier, située à Paris. Jean Nouvel l’indique lui-même : « Qu’il s’agisse d’entrer dans un bâtiment ou de se glisser dans une veste, tout est question d’interférence avec la matière. Entrer en relation avec l’environnement, le vivre de l’intérieur ». Grande architecte contemporaine également, Zaha Hadid a également eu l’opportunité d’apposer son coup de crayon en collaboration avec certaines grandes griffes de mode, comme Louis Vuitton, Adidas ou encore Lacoste.

Zaha Hadid pour Lacoste.

Par ailleurs, l’architecture de bâtiments financés par le monde de la mode est en soi une œuvre d’art à la croisée entre les deux univers. En effet, si les vêtements présentés ainsi que l’image de la griffe sont bien évidemment les enjeux principaux des marques de luxe auprès de leur public, l’environnement architectural l’est tout autant. Si bien que que les grandes maisons n’hésitent pas à faire appel a des architectures fantasques, excentriques, qui transmettent aux yeux du public la personnalité de la marque de luxe. Cet objectif semble tellement important, que les maisons de luxe deviennent de plus en plus les mécènes de ce que l’on pourrait qualifier de « haute architecture ». La Fondation Louis Vuitton imaginée par Frank Gehry en est certainement l’un des exemples français les plus remarquables. Le Mobile Art de Zaha Hadid, initié par Chanel et par Karl Lagerfeld en est un autre, parmi la multitude d’exemples dans le monde.

La fondation Louis Vuitton à Paris.

Le Mobile Art de Zaha Hadid pour Chanel.

Deux univers excentriques qui s’exhibent

Le dé à coudre devient donc un outil des grands architectes, lorsque l’architecture devient celui des créateurs de mode pour mettre en valeur leurs identités. Puis en fin de comptes, les deux métiers se fondent l’un dans l’autre en fusionnant leurs particularités : l’architecture habituellement conçue pour durer, devient éphémère, modulable. Les collections vestimentaires sont de plus en plus pérennes. Les grands classiques de Adidas ou de Reebook notamment, stars des années 90, continuent encore aujourd’hui de fouler les rues des villes du monde entier !

Grands défilés, livraisons de bâtiments en grandes pompes, les deux univers prennent plaisir à s’exhiber ! La relation entre les deux se déroule aujourd’hui de manière commune, se renvoyant la balle alternativement. L’architecture et la mode flirtent, aiment se retrouver pour évoluer conjointement et danser ensemble une valse rythmée par les tendances sociales et culturelles. Architecture extravagante, défilés loufoques, les deux corps de métiers exultent pour finalement donner vie à un mélange parfois sacrément funambulesque !

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1 Commentaire

  1. Laffaire Halimi rappelle larrivée au second tour de JM LePen après lhistoire à Orléans je crois! Quant à toutes ces lois contre le harcèlement, elles nous amènent doucement aux tenues vestimentaires des femmes, ce nest plus cachez ce sein que je ne saurais voir mais cachez-vous entièrement, ne me côtoyez pas dans les transports, dans les piscines, sur la plage . La journée des droits des femmes, mais nous ne devrions pas en avoir besoin!!!!!

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