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Le tourisme : vers l’infini ou au delà ?

DĂ©bat
La RĂ©daction , le 19 juillet 2019
Les vacances d’étĂ© commencent, et avec elles, des vagues de touristes vont dĂ©ferler sur les villes. Vrai symbole d’attractivitĂ© et de notoriĂ©tĂ© pour un territoire, le tourisme se justifie par un patrimoine classĂ©, des paysages Ă©blouissants, ou simplement une ambiance particuliĂšre et apprĂ©ciĂ©e. Il crĂ©e des interactions sociales et des territoires cosmopolites, mais surtout il contribue Ă  l’enrichissement d’une ville. Cependant, bien que le tourisme ait une influence considĂ©rable sur l’économie pour les hĂŽteliers, restaurateurs et commerçants, qu’en est-il de son impact sur les habitants d’une ville ?
Depuis les annĂ©es 1960, la gĂ©nĂ©ralisation des congĂ©s payĂ©s et la croissance du pouvoir d’achat des pays industrialisĂ©s, le tourisme de masse se dĂ©veloppe, et avec lui, le regroupement de la majoritĂ© des voyageurs sur les mĂȘmes territoires. Car le marketing territorial et l’imaginaire collectif se sont emparĂ©s de quelques lieux pour en faire des destinations incontournables. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, prĂšs de 95% des touristes mondiaux se concentrent sur moins de 5% des terres Ă©mergĂ©es. Aujourd’hui on parle mĂȘme de surtourisme, un nouveau terme qui Ă©merge pour qualifier la surfrĂ©quentation de nombreux sites touristiques, et la saturation rĂ©elle ou perçue de certains espaces. 


Un tourisme enrichissant mais à quel prix ? 


Ce phĂ©nomĂšne modifie la vie de quartier et l’ambiance gĂ©nĂ©rale d’une ville. La surfrĂ©quentation et la surconsommation ont effectivement tendance Ă  rendre un territoire moins agrĂ©able Ă  vivre et cela peut fortement impacter les interactions sociales entre touristes et locaux. 

Le trÚs fréquenté Shibuya Crossing à Tokyo, Japon // Crédit photo ©Timo Volz on Unsplash



Plus que leur concentration Ă  un mĂȘme endroit, c’est aussi les comportements, voire les incivilitĂ©s de certaines personnes qui dĂ©gradent l’atmosphĂšre ambiante. De nombreux incidents se produisent chaque annĂ©e dans les destinations de vacances les plus prisĂ©es, principalement les grandes villes, et ne cessent d’empiĂ©ter sur le quotidien des locaux. À Barcelone, toute l’annĂ©e des Ă©trangers viennent profiter du climat de fĂȘte qui y rĂšgne, et mettent entre parenthĂšses, le temps de leur voyage, les rĂšgles civiques qui façonnent la vie en communautĂ©. Les espagnols parlent de “tourisme Ă  cuite” et n’en peuvent plus de retrouver la Barceloneta, le quartier de la plage, recouvert de bouteilles et canettes vides chaque matin. MĂȘme problĂ©matique pour les habitants d’Amsterdam qui assistent tous les jours Ă  l’arrivĂ©e de jeunes venus pour une seule chose : les coffee shops. Cela dĂ©grade l’ambiance gĂ©nĂ©rale pour les habitants qui subissent ce type de nuisances au quotidien. 

Pour toutes ces raisons les locaux touchĂ©s par ce phĂ©nomĂšne sont en train de dĂ©velopper une sorte de “tourismophobie” et multiplient les manifestations et marches anti-touristes. Principalement dans les pays europĂ©ens, des associations d’habitants se forment pour lutter contre les nuisances qu’entraĂźne le tourisme de masse. Du collectif qui distribue des tracts contre les touristes sur le port d’Ajaccio, au crevage de pneus des voitures de location Ă  Barcelone, les locaux sont bien dĂ©cidĂ©s Ă  reconquĂ©rir les territoires de leur vie de tous les jours !

Ces diffĂ©rentes actions rĂ©sultent aussi d’un autre problĂšme qui touche le quotidien des locaux : la transformation des commerces de proximitĂ© qui adaptent leur offre Ă  la demande touristique. Certains quartiers parisiens sont fournis en boutiques de souvenirs, mais ne rĂ©pondent plus aux besoins et Ă  la consommation journaliĂšre des habitants. De mĂȘme Ă  Berlin, beaucoup d’allemands se plaignent de la disparition progressive des Ă©choppes turques au profit de bars Ă  sushi ou restaurants vegans. L’économie locale est ainsi alimentĂ©e par le secteur du tourisme, qui chamboule la ville et la vie des locaux. 

À plus grande Ă©chelle, la notoriĂ©tĂ© d’une ville peut entraĂźner des difficultĂ©s pour se loger, voire le dĂ©part forcĂ© d’une partie de la population. C’est le cas Ă  Lisbonne, dans le quartier historique et populaire d’Alfama qui fait face Ă  une spĂ©culation immobiliĂšre et une augmentation des loyers sans prĂ©cĂ©dent. Les propriĂ©taires privatisent leurs biens pour le secteur touristique et les locataires sont contraints de partir en pĂ©riphĂ©rie. On le comprend bien, cela pose forcĂ©ment des problĂšmes Ă©conomiques qui touchent malheureusement de plus en plus de quartiers. 

Enfin, en plus de perturber le quotidien des locaux, c’est la ville en elle-mĂȘme que le tourisme menace. À force de surfrĂ©quentation, l’érosion des terres s’accĂ©lĂšre, les dĂ©chets s’accumulent sur des sites protĂ©gĂ©s et le patrimoine se dĂ©tĂ©riore. Il y a un rĂ©el enjeu environnemental et Ă©cologique derriĂšre ce phĂ©nomĂšne. C’est d’ailleurs l’une des prĂ©occupations de l’UNESCO : il existe un rĂ©el paradoxe entre le fait de classer un site au patrimoine mondial dans le but de le prĂ©server alors mĂȘme que cela entraĂźne de facto une frĂ©quentation touristique accrue et donc une fragilisation de celui-ci. 

Les fondations de Venise menacées par le tourisme de masse Crédit photo ©Eugene Zhyvchik via Unsplash


Le tourisme 2.0 : une nouvelle façon de voyager 



Pour rĂ©pondre Ă  ces prĂ©occupations, continuer Ă  dĂ©velopper et faire rayonner le potentiel des villes sans pour autant les mettre en danger, diverses initiatives locales sont mises en place. De l’augmentation des contraventions pour incivilitĂ© Ă  Paris, Ă  l’installation de portiques pour rĂ©guler l’afflux des touristes Ă  Venise, en passant par l’interdiction de locations AirBnb dans certains quartiers prisĂ©s d’Amsterdam, les politiques publiques s’engagent Ă  rĂ©tablir un cadre de vie agrĂ©able pour leurs habitants. 

RĂ©guler le tourisme en centre-ville c’est bien, mais faire dĂ©couvrir les beautĂ©s insoupçonnĂ©es de nos territoires, c’est mieux ! En France, des villes misent sur la curiositĂ© des voyageurs et sur leur soif d’aventures et de dĂ©couvertes. C’est ainsi que, loin des grands sites touristiques, des refuges pĂ©riurbains se sont dĂ©veloppĂ©s dans la mĂ©tropole de Bordeaux. PlutĂŽt que de se rendre sur la fameuse Place de la Bourse ou le trĂšs Ă  la mode espace Darwin, ces refuges invitent les touristes (ou curieux de la mĂ©tropole) Ă  vivre une expĂ©rience originale et visiter les communes de Bruges ou Le Haillan. Une nouvelle façon d’apprĂ©hender le voyage et une idĂ©e ingĂ©nieuse qui permet de faire connaĂźtre la richesse des lieux loin du centre de la mĂ©tropole. 

Ces phĂ©nomĂšnes Ă©mergent aussi aujourd’hui grĂące Ă  toute une gĂ©nĂ©ration de voyageurs qui veulent dĂ©couvrir les villes autrement. Cette nouvelle demande entraĂźne le dĂ©veloppement d’offres originales, voire parfois insolites, pour visiter un territoire. C’est ainsi que se dĂ©mocratisent depuis quelques annĂ©es les walking tours, des circuits majoritairement gratuits qui proposent de parcourir la ville tout en Ă©vitant de passer par les lieux reconnus et sur-frĂ©quentĂ©s. Certains dĂ©cident d’arpenter les multitudes de traboules qui sculptent la ville de Lyon, quand d’autres partent Ă  la recherche de toutes les oeuvres de street-art qui dĂ©corent Budapest. Plus inattendu, en Croatie, un walking tour propose d’explorer Dubrovnik Ă  travers la ville fictive de Port-RĂ©al de la sĂ©rie Game Of Thrones. Des visites gratuites et Ă©cologiques puisqu’elles se font intĂ©gralement Ă  pied !

Les trésors cachés de Dubrovnik ©Josh Couch via Unsplash



Un tourisme à consommer avec modération


Finalement, la multiplication des démarches qui visent à réguler le tourisme signifie-t-elle que la solution idéale serait de complÚtement fermer certaines de nos villes aux voyageurs de quelques jours ? Devons-nous vraiment en arriver là ?

Face Ă  la montĂ©e des rĂ©seaux sociaux et Ă  la chasse aux photos “instagramables”, l’Organisation Non Gouvernementale WWF a lancĂ© une campagne de protection de l’environnement pour lutter contre le tourisme intensif dans certains lieux grĂące Ă  la localisation fictive. Elle incite les influenceurs et autres adeptes des rĂ©seaux Ă  ne plus indiquer le lieu dans lequel est pris leur photo paradisiaque, et d’inscrire Ă  la place la mention “I protect nature”, qui indique en rĂ©alitĂ© le siĂšge de WWF France. Une solution qui peut permettre de limiter l’affluence de touristes, mais Ă©galement s’apparenter Ă  une dĂ©marche de fermeture des territoires aux Ă©trangers
 

Si nous voulons poursuivre ces explorations urbaines, nous devons aujourd’hui construire un tourisme plus collaboratif, intĂ©grer les valeurs de cohĂ©sion sociale et respect des lieux dans nos futures voyages, pour ainsi favoriser davantage les interactions entre visiteurs et locaux.

Photo de couverture ©Capturing the human heart via Unsplash





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