Les femmes constituent la moitié de l’humanité.
Elles représentent 86% des effectifs de professions sociales et sont particulièrement présentes dans les domaines de l’éducation, du soin et des services aux particuliers. Des métiers indispensables, qui maintiennent les fonctions essentielles de nos sociétés.
Pourtant, ce sont bien elles qui pâtissent d’une sous-représentation dans tous les niveaux de prise de décision dans le monde. Ce sont elles qui subissent les écarts et discriminations salariales dans le secteur privé. Ce sont elles les premières victimes de violences sexuelles, conjugales, physiques, verbales. Et cela peut s’aggraver, se cumuler quand une femme n’est ni perçue comme blanche, riche, cis.
La fabrique urbaine, les actrices et acteurs de nos territoires, ont une responsabilité et un rôle majeur à jouer dans ces problématiques liées au genre. Dans la forme et les usages donnés aux espaces publics, dans le souci porté à l’occupation et l’appropriation égalitaires des lieux, dans l’organisation des voiries et modes de déplacement, il est possible de laisser plus de place aux femmes et aux minorités de genre.
Dans ce numéro, Nourhan Bassam, urbaniste féministe, nous parle des différences de trajectoires de mobilité. Les femmes chargées des tâches non rémunérées du quotidien, se déplacent d’une manière fragmentée entre les enfants, le ménage et le soin de personnes âgées, contrairement aux trajets linéaires entre maison et travail.
Cela fait que l’espace public devient un lieu particulièrement occupé par les femmes, alors même qu’il est rarement aménagé pour accueillir et sécuriser ces usages.
Pour obtenir des espaces aménagés par et pour le genre, Alicia Lugan de l’agence Equal Saree nous rappelle que l’aménagement n’est pas genré en soi. C’est la manière dont on conduit le diagnostic, élabore la programmation et accompagne son appropriation qui le rendent tel.
Et ces observations sous le prisme du genre ont un effet qui va au-delà de la seule question du genre. Kelly Ung et Laure Gayet de l’Atelier Approche.s !, avec l’idée d’un urbanisme relationnel et égalitaire, défendent le genre comme un indicateur révélateur de nombreuses autres inégalités d’accès dans la ville.
Les femmes sont doublement invisibilisées, à la fois dans l’espace public et également dans les métiers de la fabrique de la ville. Tout l’enjeu réside alors dans la systématisation des méthodes et des outils permettant d’intégrer cette moitié de la population à nos projets d’aménagement.
Les initiatives ne manquent pas pour y parvenir. Les brèves de ce numéro montrent que la place des femmes et des minorités de genre ne se limite pas aux espaces privés : elle doit être un enjeu collectif, saisi par toutes et tous, comme en témoigne le projet OpenSpace – Inclusive City à Bruxelles. Au-delà de cette présence à acquérir dans la ville, les femmes s’organisent également pour défendre leur représentation dans les métiers : architectes, bâtisseuses, paysagistes et autres profesionnelles de la fabrique urbaine se retrouvent ainsi au sein de Prendre Place, une association de sororité autour de la visibilité des femmes dans les métiers de l’aménagement.
Ces initiatives sont souvent portées par des femmes. Toutefois, il s’agit d’une responsabilité collective qui concerne tous les acteurs de la fabrique urbaine et la société dans son ensemble. Le genre n’est pas un sujet annexe mais doit faire partie intégrante des projets urbains. L’enjeu est donc de passer d’initiatives isolées, portées par quelques acteurs sensibilisés, à une prise en compte systématique des vulnérabilités vécues par les minorités de genre.
Ce terme doit entrer dans le langage courant, sans crispation, car son intégration n’est pas optionnelle. En effet, la prise en compte des besoins des femmes et minorités de genre conditionne la réussite et l’appropriation des projets par toutes et tous, et entraîne un effet en cascade qui profite à toute la société, contribuant à des villes plus agréables et plus sûres.
Les rédactrices de la revue


