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Le cinéma prédit-il l’avenir ?

Débat
La Rédaction , le 23 mai 2019
Imaginaires fous des réalisateurs ou prémonitions inquiétantes de l’avenir, de nombreux films présentent le futur de la ville comme un chaos social, politique et environnemental. Entre les images et les histoires projetées, qu’est-ce que le cinéma peut nous apprendre sur le devenir de la ville ?
Apparu à la fin du XIX ème siècle, sous l’impulsion de Thomas Edison et des frères Lumière, et considéré comme le “septième art” dès 1920, le cinéma sait depuis toujours transporter les spectateurs dans des univers multiples. Des films historiques aux comédies romantiques, en passant par les films d’horreurs ou les comédies humoristiques, le cinéma est le reflet de notre société. Ainsi, il peut être le moyen de transmettre l’histoire, interpréter le présent et projeter le futur. De nombreuses fictions se sont alors projetées dans un futur plus ou moins proche, illustrant un potentiel avenir de nos sociétés et de nos villes. Mais qu’est-ce que la production cinématographique nous dit-elle de l’évolution de la ville dans ces fictions ? Peut-on dire que le cinéma prédit l’avenir urbain ?

Lorsque le cinéma imaginait les années 2000…

Depuis l’invention du cinéma, nombreux auteurs se sont projetés dans le futur pour imaginer l’évolution de nos sociétés. Le cap des années 2000 a notamment inspiré de nombreuses fictions où prouesses technologiques les plus farfelues ont été projeté. Bien souvent, en questionnant le futur, les cinéastes ont également interrogé l’avenir des espaces urbains.

Un des exemples les plus significatifs est le film Metropolis, réalisé par le cinéaste autrichien Fritz Lang en 1927. Largement inspiré de l’architecture des premiers buildings New-Yorkais, cette dystopie muette en noir et blanc projette une société dans laquelle Metropolis, mégalopole de 2026, est scindée en deux villes : une ville du haut où vit l’élite urbaine dans le luxe et l’abondance, et une ville du bas où le reste de la population est opprimée par les classes supérieures. Entièrement stratifiée, autant d’un point de vue social qu’architectural, cette fiction futuriste interroge dès la première moitié du XX ème siècle l’effet ségrégatif provoqué par une urbanisation verticale. Presque cent ans après la sortie du film, il semblerait que Fritz Lang ne se soit pas tant trompé : l’urbanisation verticale a bien créé des disparités sociales dans les grandes métropoles mondiales. Metropolis reste bien sûr une fiction poussée à l’extrême, mais les paysages urbains et le fonctionnement sociétale qu’elle décrit ne semble pas si éloignés de la réalité actuelle.

Metropolis de Fritz Lang (1927) via GIPHY


Retour vers le futur 2 regorge aussi de technologies qui voient peu à peu le jour. D’abord l’idée de maison connectée avec une vision du tout automatique, où les volets, la cuisson des aliments, mais aussi le chauffage de la maison s’actionnent par la voix. Cela fait penser au développement de la domotique et outils connectés de plus en plus présents dans nos villes. De même, le fameux skate volant qui existe aujourd’hui en prototype, mais qui fait surtout penser à l’ensemble des mobilités émergentes, comme les trottinettes électriques ou les hoverboards qui envahissent nos villes.

Le hoverboard dans Retour vers le futur 2 via GIPHY


Mais alors, si le cinéma du siècle dernier se projetait dans une réalité plutôt proche de la nôtre, qu’en est-il des films sortis ces dernières années ? Qu’est-ce prévoit le cinéma pour l’avenir de nos villes ? L’ensemble des fictions futuristes de la ville produit par le cinéma depuis ces dernières années ont un point commun : elles projettent tous un avenir plutôt sombre pour nos villes.

Le chaos environnemental : une ville sans avenir ?

Une des grandes thématiques reprise par les cinéastes pour nous projeter dans le futur est la crise environnementale. Influencés par un présent incertain, rythmé par des catastrophes naturelles, de plus en plus impressionnantes et dévastatrices, plusieurs films prédisent un avenir chaotique pour la ville, et plus généralement pour la vie humaine.

Sorti en 2004, Le jour d’après projette le monde dans un état de dérèglement climatique extrême : suite à des prélèvements sur les pôles glaciers, un gigantesque morceau de banquise se détache et provoque un refroidissement drastique et général de la planète. New York se retrouve alors recouverte d’une épaisse couche de glace. Un changement climatique brutal qui vient bouleverser la vie en ville.

New-York dans Le Jour d'après via GIPHY


Le film questionne ainsi la capacité des villes à s’adapter à des dérèglements climatiques sévères et brutaux. Comment protéger les citoyens des changements de températures ? Quelles architectures pour se protéger du froid (et du chaud) ? De plus, le film traite aussi des mouvements de populations induits par la fuite de ces villes touchées par la catastrophe naturelle. Comment gérer ces flux de populations ? Et accueillir les réfugiés climatiques dans des espaces sauvegardés de ces mutations ? Autant de questions qui nous semblent actuellement plus si lointaines de nos préoccupations…

Dans un autre genre, Mortal Engines sorti fin 2018, prévoit une évolution alternative de la ville face à la crise environnementale. Suite une catastrophe nucléaire, l’humanité vit dans un monde où les ressources sont limitées. Pour s’adapter, les villes deviennent de gigantesques machines vivantes mouvantes, se déplaçant au gré de leurs besoins. Une prédiction absurde ? Pas si sûr lorsque l’on compare ces villes-mouvantes à celles imaginées par le collectif d’architectes Archigram du milieu des années 50 et leurs Walking cities. Dans un monde où les ressources se font de plus en plus rares, on peut se demander si nous ne serons pas obligés de nous mouvoir en fonction de nos besoins et de redevenir ainsi nomades, comme encore certaines communautés dans le monde.

Mortal Engines (2018) via GIPHY



Quelques fois ce sont les dessins animés qui se projettent dans le futur. Les studios Pixar, en 2008, sortent WALL-E, un film d’animation retraçant les aventures d’un petit robot chargé de nettoyer la terre de ses déchets. L’activité humaine s’est d’ailleurs délocalisée dans l’espace à cause de la pollution engendrée par les déchets accumulés de ces mêmes humains.

Wall-E (2008) via GIPHY



Le dessin animé prédit donc un avenir où les villes s’exportent dans l’espace suite au chaos écologique présent sur terre. La gestion des déchets et la préservation des écosystèmes planétaires sont des problématiques auxquelles les villes sont dejà confrontées actuellement, espérons que la mise en place de solutions environnementales empêchera aux hommes de quitter la planète terre !

Hiérarchie sociale : la ville au service des plus puissants ?

Les villes futuristes présentées dans les fictions cinématographiques sont souvent le reflet d’inégalités sociales. Comme pour Metropolis, la structure même de la ville devient motif de ségrégation.

La trilogie d’Hunger Games nous projette dans une société divisée en plusieurs quartiers socialement inégalitaires qui, sous l’ordre d’un pouvoir extrêmement autoritaire, s’affrontent dans des jeux où ils sont représentés par des adolescents tirés au sort. Ici, la ville est vue comme un support au service de la tyrannie mise en place par les autorités. Allégorie de la Métropole toute puissante, le Capitole, concentre les lieux de pouvoirs et les populations aisées. Le monde de Hunger Games se découpe en districts, à l’image d’une ville ayant des quartiers monofonctionnels dédié à chaque type d’activité. L’esthétique du film reprend l’architecture soviétique, brutaliste, avec des échelles monumentales pour asseoir cette impression de pouvoir.

Le Capitole dans la trilogie Hunger Games via GIPHY


Trepalium, courte série produite par Arte, imagine également le futur de la ville comme un espace ségrégatif. Ici, la ville est séparée en deux par un mur : d’un côté la “Ville active” où vivent et travaillent 20% des habitants, de l’autre côté la “Zone” où cohabitent les reste de la population, tous chômeurs. Les échanges entre la ville active et la zone sont pratiquement inexistants, sauf à travers un système mis en place par les autorités : les emplois solidaires où un habitant de la zone est choisi pour rendre service aux travailleurs. La structure de la ville est une nouvelle fois pas si loin des structures urbaines actuelles où les populations les plus précaires sont souvent reléguées aux franges des villes. La question du mur semble également d’actualité, lorsque l’on voit se qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique… Et là encore, l’architecture reprend les codes des monuments brutalistes des années 50-60 pour donner un aspect froid et massif aux instances de pouvoir.

La thématique de la ségrégation spatiale horizontale est aussi développée dans la série brésilienne 3%, à l’image de celles que l’on retrouve dans la vie réelle dans les villes du Brésil, avec seulement 3% de la population qui a accès à un espace de vie serein, permettant de vivre décemment, tandis que le reste vit dans un bidonville géant.

L’intelligence artificielle et le numérique à l’assaut de l’urbain ?

La troisième grande thématique abordée dans le cinéma de fiction est la question du numérique, des avancées technologiques et du digital dans l’avenir de la ville.

Steven Spielberg, en 2002, avec la sortie de Minority Report, imagine la ville de Washington en 2054 où l’intelligence artificielle permet de prévoir des crimes et d’arrêter les coupables avant même qu’ils aient agi. Dans ce film de science-fiction, l’évolution de la ville n’est pas traitée d’un point de vue sociale ou encore environnementale, mais il nous interroge sur l’introduction des intelligences artificielles dans la gestion même de la ville. Une intelligence artificielle qui tend à être, dans l’intrigue, utilisée à mauvais escient par certains. Avec l’accroissement de l’utilisation du numérique dans les pratiques et usages urbains, les villes semblent prendre le chemin que projette le film. La question est de savoir où se pose la limite, pour qu’il soit avant tout au service de la ville et non contre la ville. De plus, de nombreuses villes mettent en place des mesures prédictives pour anticiper les actions des citoyens, avec le développement notamment de polices prédictives aux Etats-Unis et en Chine.

Minority Report (2002) via GIPHY


Le film Her de Spike Jonze (2013) met aussi en scène l’intelligence artificielle, le rôle des réseaux sociaux et du virtuel dans notre approche de la réalité et de nos relations humaines. Dans un futur proche à Los Angeles, un homme utilise un nouveau système d'exploitation avec qui il communique au quotidien, une intelligence artificielle très évoluée. Cela pose la question de la place de l’IA dans notre futur et du rôle des technologies dans nos relations. Dans nos villes, il n’est pas rare de voir des personnes s’envoyer des messages audios et vidéos. Il est possible plus facilement de partager des moments de vie grâce à des outils numériques, sans forcément être avec les personnes. Ainsi, les urbains ne sont plus pleinement dans l’instant présents, ni jamais tout à fait seuls…

Joaquin Phoenix dans Her (2013) via GIPHY


Récemment le film Ready Player One proposait aussi un regard sur le rôle de la réalité virtuelle sur nos pratiques de la ville. Dans un monde chaotique, l'Oasis est un jeu proposant l’accès à un monde parallèle grâce à la réalité virtuelle. Ce qui fait penser au développement de nombreux jeux dans l’espace public, comme Pokemon Go qui a fait son petit succès. Demain, nos villes pourraient bien devenir le support de jeux virtuels grandeur nature !

Le succès de la série Black Mirror révèle aussi bien la préoccupation des spectateurs et des réalisateurs sur l’introduction du tout numérique et l’utilisation des intelligences artificielles dans le futur. Chaque épisode proposé par la série met en avant un potentiel détournement du digital dans la société.

Les exemples cités tout au long de l’article peuvent être ben évidemment être complété par de nombreux autres oeuvres de fictions, au regard de la production cinématographique actuelle très active dans la prédiction du futur de nos villes. Entre crise environnementale, exclusion sociale et folie de l’intelligence artificielle, une chose est sûre, la tendance est plutôt à la dystopie qu’à l’utopie ! Mais l’avenir de nos villes est-il si sombre où seulement plus vendeurs lorsque celui-ci devient tragique ? L’ensemble de ces films nous donne cependant à réfléchir sur les dérives potentielles de notre société, et peut-être même quelques clés pour anticiper des problématiques qui seront bientôt les nôtres. A quand le happy ending urbain ?

Photo de couverture arg81 via Wallhere





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