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Un monde sans béton, ni bitume ?

Billet
LDV Studio Urbain , le 27 septembre 2019
Alors que les épisodes de canicule se multiplient au fil des années, un retour à l’architecture traditionnelle est de plus en plus priorisée. Ces ouvrages réalisés à partir de matériaux naturels dont les propriétés allient légèreté, isolation, ventilation naturelle, reviennent au goût du jour et parviennent petit à petit à démoder le béton et le bitume.
Pourtant, les villes s’enrobent de ces matériaux depuis l’industrialisation de la fabrication du ciment et l’utilisation du pétrole, deux liants artificiels qui perfectionnent l’industrie de la construction et le secteur routier dans le monde. Animées par une succession d’innovations autour de ces matériaux au cours du 19ème et du 20ème siècle, les villes ont été le théâtre de la naissance de formes architecturales modernes et du développement des routes. Une tendance urbaine qui pose pourtant problème aujourd’hui avec la montée des températures et la multiplication des îlots de chaleur en ville.

Alors que la construction représente une part importante des secteurs concernés par les enjeux de développement durable, celle-ci fait partie des domaines où les attentes en matière de réduction des émissions sont les plus importantes. Les matériaux comme le béton ou le bitume, grands émetteurs de CO² sont donc des cibles évidentes. De plus, ces matières reposent sur des ressources en voie de raréfaction, qui demandent des extractions de plus en plus néfastes pour l’environnement.

Mais comment réduire l’impact sur l’effet de serre de matériaux largement utilisés à travers le monde ? Pouvons-nous nous diriger vers une société sans béton, ni bitume ? Quels matériaux sont en mesure de les remplacer et est-ce souhaitable pour les constructions de demain ?

Le béton et le bitume, des inventions qui ont permis le développement des villes modernes



Le béton est un matériau dont le succès a été mondialisé. Appréciée pour sa durabilité et sa solidité, cette innovation s’est diffusée dans toutes les villes du monde depuis les années 1950. Outre ces deux propriétés, un des avantages du béton est la variabilité de sa composition qui le rend adaptable à diverses constructions comme les routes, les tunnels, les ponts, les barrages ou les bâtiments.

Les premières traces de béton remonteraient à l’époque de l’antiquité, mais il reste peu de constructions qui datent de ce temps-là aujourd’hui et qui peuvent en témoigner, du fait de leur composition alors friable. Fait de sable et d’argile, le matériau manquait autrefois de solidité pour tenir durablement. Ainsi, ce n’est qu’à l’époque romaine que le béton prend une forme plus solide et durable comme en témoigne le Panthéon de Rome.

Mais le béton doit sa renommée à la révolution industrielle et à deux personnalités de l’époque. C’est François Coignet qui imagine le béton armé en 1952 et construit le premier immeuble en béton coulé avec fers profilés enrobées, à Saint-Denis, en région parisienne ! Quand à François Hennebique, il fut le fondateur de la première firme de béton armé au début des années 1890, imposant le matériau sur le marché de la construction et des ouvrages d’art. Avant de monter son entreprise, le chef de chantier construisit et breveta, en 1867, le premier immeuble en béton aggloméré, un matériau qui finalement deviendra le plus utilisé dans la construction depuis plus d’une cinquantaine d’années.

De son côté, le bitume, principalement exploité dans la construction routière, remplace le goudron après la seconde guerre mondiale. Il a permis l’essor de la mobilité, le développement automobile, a facilité les échanges et le commerce autour du monde, mais il a aussi permis l’amélioration des conditions de travail des ouvriers.

Ainsi, le béton et le bitume ont contribué à développer les villes que nous connaissons aujourd’hui et à y améliorer la qualité de vie par l’assainissement des logements, en aménageant pour la première fois des salles d’eau et en donnant accès à la lumière par de larges baies vitrées, un luxe de modernité pour des habitants qui vivaient dans les bidonvilles. Quant à lui, le bitume favorise les déplacements, le confort et la sécurité des transports grâce à des routes lisses et de qualité et se trouve être moins toxique que le goudron. Pourtant, ces matériaux arrivent à un tournant de leur histoire. Le développement durable qui devient aujourd’hui central dans les enjeux de construction met à mal leur utilisation future !

Le béton et le bitume, des matériaux du passé ?



Si le béton présente un bon nombre d’avantages, ce matériau a longtemps été au service de la ville fonctionnaliste provoquant un imaginaire qui ne le présente pas toujours à son avantage. Le Corbusier et Oscar Niemeyer, ou même Auguste Perret, architectes phares du 20ème siècle ont pu concevoir des architectures originales et remarquables avec le béton comme matériau de prédilection. Le Havre, architecture modèle de l’après-guerre a d’ailleurs inscrit le béton au Patrimoine Mondial de l’Humanité, notamment pour “l’exploitation novatrice du potentiel du béton” dans une ville qui se reconstruit après avoir été presque entièrement rasée. Mais les constructions françaises réalisées après guerre avaient pour principale ambition de loger une population qui vivait dans des situations précaires. Il était alors nécessaire de construire vite pour répondre à la crise du logement. La créativité et la contextualisation au site était alors souvent mise de côté pour offrir à tous des logements fonctionnels en un temps réduit.

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