Vous savez, la mémoire nous fait tous défaut, un jour ou l’autre. Demain, vous oublierez certainement quelques heures de la veille. Et dans une année, ce que vous croyiez impérissable aura peut être disparu. Les souvenirs vont et viennent à leur guise. Il prennent la rue des Quatre-Vents, et disparaissent sous les ponts en un instant. Que nous reste-t’il alors ? Si notre mémoire vive se laisse happer par les prochains moments ?

La ville, entre autre. La ville, elle, n’oublie pas.

Les pavés se souviennent de votre course, éméchés, rue de Condé, d’un baiser à Palais Royal, ou de votre colère sur la place de la République. La ville se souvient des visages, bien mieux que vous, et vous renvoie une gifle monumentale, alors que vous croyiez ces derniers oubliés.


Trompeuse, traître peut-être, mais elle est votre témoin intemporel.

De plus, parfois, les mots sont de trop. Ou plutôt ne sont pas assez, et le relais est donné à la cité. Certains instants s’oxydent lorsqu’on les exprime à l’air libre. Alors ils se calfeutrent, derrière une colonne du Panthéon, sous le zinc, ou entre les mains folles du barman.

Les pavés citadins sont votre mémoire, lorsque la nuit devient diurne et que les ombres nocturnes se confondent avec les usagers des premiers métros.

La petite musique des mots s’achève, sur la beauté indicible d’instants uniques. Elle laisse l’écho des dernières notes du concerto mourir entre les arcades de la Place des Vosges.

Les pensées s’essaiment parmi les parterres du Jardin des Plantes, hibernent durant l’hiver pour fleurir à nouveau sous vos pas, un matin de printemps, alors que votre esprit grelotte, fouetté par les intempéries quotidiennes.

Plus tard, un après-midi, vous repasserez peut être devant ce petit bar, et vous repenserez à ces quelques phrases jetées à ce quasi inconnu, à ces regards échangés entre les volutes d’une Gauloise.
Et cet après-midi là, n’oubliez pas de vous rappeler pourquoi vous étiez là, en cet instant. Quels étaient vos rêves, quels souvenirs se sont donc imprimés dans les rues voisines, et partez à leur recherche. Menez à bien cette chasse aux trésors, le long des murs d’une impasse, derrière la façade de ce café. Ces moments, ces lumières de la ville et de la vie, resteront des fenêtres allumées, les petits riens de votre passé, qui chassent ce qu’il reste d’effrayant à venir.