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Travail en évolution : quels changements pour nos villes ?

Débat
La Rédaction , le 03 mai 2019
Avec l’essor du télétravail et de l’entrepreneuriat, il semblerait que nous boudions le travail sous sa forme conventionnelle ! Le boom des co-workings, des incubateurs, des fablabs ont un impact sur l’organisation de nos villes.
Alors que le 1er mai nous fêtions les travailleurs, nous sautons sur l'occasion pour interroger ce qu’il se cache derrière l’essor de ces nouveaux modes de travail et comment se reflètent-ils sur notre espace de vie ? Comment accueillir cette révolution en cours ? Révolution des espaces de travail, nous voilà !

Une remise en question du travail sous sa forme traditionnelle
Le travail rythme notre vie quotidienne, occupant une grande partie de notre précieux temps. Ainsi, nos conditions de travail, et notamment le lieu où l’on le pratique, sont des données importantes. Selon une étude de l’IFOP, 40% des français affirme que le bien-être est lié aux conditions de travail. Le fabricant de fournitures de bureau Steelcase, en collaboration avec IPSOS, a également mené une étude dont les résultats montre que les français sont les moins satisfaits de leur environnement de travail, ce qui influencerait leur engagement et leur efficacité. En effet, 54% des travailleurs français sont désengagés, un pourcentage qui dépasse les autres pays étudiés. Ainsi, on remarque depuis quelques années un essor de bâtiments tertiaires cherchant à proposer aux salariés une expérience de travail différente du format de couloir de bureaux standards.

Les travailleurs souhaitent se libérer d’un système déshumanisé, où ils sont seulement le rouage d’une machine hiérarchique complexe, cherchant l’épanouissement personnel dans leur métier. En réaction, on assiste à l’émergence de l’entreprenariat et des freelances, de plus, de nouvelles formes de travail se propagent. Pour répondre à ces nouvelles formes de travail, nos villes accueillent aujourd’hui toujours plus d’espaces de co-working, elles développent des incubateurs qui accompagnent ces petites entreprises en devenir, mais aussi, des lieux accueillants pour le télétravail qui explose du côté des entreprises… En bref, on tente de proposer un espace d’entre deux où le travailleur se sent comme chez soi, ce qui fait émerger des espaces flexibles et mixtes, entre travail et loisirs au coeur des villes.  


Des espaces de co-working ouvrent leurs portes  aux travailleurs nomades ©Unsplash

 

A la recherche de bien-être, de collaboration et vers une quête de sens  
Jugé impersonnel par les travailleurs français, l’espace de travail souvent proposé dans les bâtiments de bureaux manque d’espaces privatifs. Il est difficile de s’y concentrer et d’y être efficace. Ils critiquent également un manque de flexibilité en mentionnant un travail statique où ils ne se sentent pas libres de se mouvoir dans l’entreprise pour accomplir une tâche. Les relations avec les collègues peuvent alors être distantes et le travail d’équipe peu collaboratif. Cela engendre dans ce cas un potentiel manque de motivation et d’optimisme.

Si on s’attarde sur ces critiques des travailleurs français à propos du travail, on peut en conclure qu’ils manquent de liberté, de bien-être, de collaboration, de participation, de sens. Ainsi, le bien-être, la collaboration et la quête de sens s’invitent au cœur des préoccupations des travailleurs des pays développés. Ici, il semblerait que le travail s’éloigne de son sens étymologique et ne se considère plus seulement pour certains comme un simple gagne-pain permettant de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille.

  Comment atteindre ces aspirations ?
  Les quartiers tertiaires manqueraient d’âme. Lieux où l’on vient seulement pour travailler et où finalement personne n’habite vraiment, il peut alors s’agir de son principal défaut. Ces lieux peuvent facilement devenir des enclaves dans la ville, ou en dehors du tissu urbain. L’enjeu est alors d’offrir des espaces où il est agréable de travailler, de les penser pour favoriser les échanges et inciter la convivialité. Pour cela, les quartiers tertiaires se diversifient et accueillent des lieux de loisirs (fitness, escape game), de bien-être (coiffeur, salon d’esthétique, yoga) ou encore de restauration pour développer une vie de quartier. Au sein même des bureaux, des lieux peuvent accueillir des activités en dehors du cadre du travail et de plus en plus d’entreprises aménagent des cuisines collectives où se retrouver entre collègues, ainsi que des espaces de détente et de repos où se reposer.  

Des éléments qui contribuent au bien-être au travail, en permettant des pauses et une pratique différente de son cadre professionnel. Cela donne un aspect plus humain et proche d’un lieu de vie aux bureaux. Cependant, encore faut-il que ce lieu remplisse aussi son rôle de donner un cadre studieux où se sentir bien où travailler, comme le cas des openspaces souvent bruyants ou inadaptés pour certaines tâches. D’où l’importance aussi de créer l’intimité et de penser les usages de chacun pour s’y adapter au mieux. Il faut ainsi favoriser la diversité des lieux pour donner une certaine liberté de mouvement aux employés en leur proposant un équilibre entre des lieux adaptés aux travaux de groupe et des lieux adaptés au tâches individuelles.  

Alors quel quartier tertiaire pour demain ?  
Comment faire en sorte que les quartiers tertiaires hier coupés des villes, deviennent des lieux désirés par les habitants et qui les intègre davantage ? Pour le bien-être de tous, encore faut-il aller au delà de l’immeuble de bureau et tendre vers des quartiers tertiaires plus intégrés à la ville, pour faire de son lieu de travail non pas une enclave mais un lieu ouvert.  

Pour cela, il s’agit de garantir que la mécanique économique du quartier est transparente et participative. Les habitants travailleraient pour leur écosystème local et peuvent suivre les projets de l’amont à l’aval. On considère l’habitant comme « à la bonne place, à la bonne distance » et il aura toujours quelque chose à apporter à la dynamique du quartier. Ils co-construisent une vision économique commune de leur quartier comme le Boston Ujima Project qui a réuni, pendant trois jours, 90 habitants issue des classes ouvrières de communautés de couleur pour discuter et valider des critères pour les entreprises qui recherchent à investir avec le fond du projet qu’ils contrôlent. Par ailleurs, les espaces délaissés du quartier sont réhabilitées pour des expérimentations urbaines comme le font plusieurs acteurs.

Il s’agit alors de permettre aussi de créer un urbanisme sensible au service du travail. A l’intérieur comme à l’extérieur, demain, les quartiers tertiaires parviendront à entremêler des espaces de vie (cafés, restaurants, ateliers, agora…) ouverts à tous, dédiés à échanger avec l’autre, de façon formelle ou informelle. De plus, la conception intérieure et extérieure doit s’adapter aux usages, mais aussi tendre vers des espaces de quiétude autour d’une architecture évoquant les éléments de la nature. L’importance de la luminosité naturelle pour le moral est prouvée et l’utilisation de matériaux comme le bois, la présence d’espaces verts et de l’eau permettent de créer un cadre serein. Des espaces de plénitude, tout aussi importants pour se ressourcer et/ou se concentrer, car faire vagabonder son esprit par de micros pauses permet aux idées de se développer et de grandir.

 

L’ajout de mobiliers confortables permet des échanges informelles souvent nécessaire au bien-être des travailleurs ©Unsplash



Demain, l’espace de travail pourra être parfaitement intégrer dans un bâtiment d’habitat, avec le déploiement d’espaces de coworking. Le bâtiment de bureau pourra être aussi un écosystème « tout en un » qui mêlera des espaces de location pour différents types d’entreprises comme des PME, des start-ups, des bureaux individuels ou encore du co-working avec des espaces d’ateliers, une agora pour organiser des évènements, des lieux de restauration et de rencontre, mais aussi des logements ou une école primaire, à l’image de la Shibuya House à Tokyo.

Les quartiers tertiaires seront les lieux de la flexibilité, conçus avec des espaces personnalisables et convertibles qui s’ajustent selon les usages. Des outils numériques permettent d’ailleurs dès aujourd’hui de réserver des salles, de donner accès aux espaces de travail libres ou occupés pour une autogestion flexible. Ainsi, il sera d’autant plus possible de favoriser une diversité des activités et des usages à toutes les échelles. Du bâtiment au quartier, en passant par la rue tout s’imbrique. Dynamique, flexible, fluide et malléable, le bâtiment tertiaire de demain répondra à tous les défis pour le bien-être des travailleurs.

  Le quartier économique de demain tendra aussi vers la ville productive, avec un retour de l’artisanat et des fabriques, dans une approche citoyenne et numérique. Véritable Fab city, l’émergence du travail manuel pourrait bien rendre nos villes plus autonomes et durables, avec le développement de savoirs-faires essentiels pour faire du local une échelle de production toujours plus forte et tangible. La nature en ville pourrait bien aussi bouleverser ces quartiers souvent associés à des espaces très minéralisés. Le développement de jardins partagés ou de ruches pour les salariés, comme activité, mais aussi l’intégration de la nature, comme cadre de travail apaisant, changeront progressivement l’image des quartiers tertiaires. Des transformations qui présagent un renouveau très diversifié pour les quartiers d’affaires, les zones économiques et les bâtiments tertiaires de nos villes.  

Photo de couverture ©Pixabay  

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