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La ville peut-elle sauver les abeilles ?

Brève
La Rédaction , le 09 juillet 2018
Alors que les abeilles subissent une disparition massive à la campagne, les butineuses semblent apprécier la vie urbaine et des ruches s’installent un peu partout en ville. Pourtant la biodiversité de l’espèce est toujours menacée...
Une idylle en ville

A première vue, les abeilles semblent avoir trouvé leur refuge en ville. On les voit butiner dans nos rues et la mode est aux ruches sur les toits. Contrairement à la campagne où l’agriculture chimique les décime, en ville la baisse de l’utilisation des pesticides leur rend la vie facile. Elle profitent de températures plus agréables et d’une grande diversité florale. Balcons, jardins, pépinières, parcs et même cimetières, autant de sources de pollens pour les abeilles qui peuvent ainsi se régaler : une aubaine pour les butineuses !

À Lyon, Bordeaux, Paris, malgré les pics de pollution, les abeilles se sentent bien, on y installe des ruches depuis plusieurs années et l’on produit même du miel de ville. On vante les ruches urbaines comme une preuve de réussite écologique. Mais toutes les abeilles ne sont pas gagnantes dans cette affaire.


A Toulouse comme dans de nombreuses autres villes, les ruches s'installent sur les toits ©

Une ruche qui cache la forêt

Les chercheurs Jonas Geldmann et Juan P. González-Varo ont présenté dans le magazine Science, “Conserver les abeilles à miel n’aide pas la faune sauvage” (“Conserving honey bees does not help wildlife”). Ils veulent mettre en avant la confusion entre l’abeille domestique (ou à miel), celle que nous croisons quotidiennement et les différentes espèces d’abeilles dans la nature. Leur travaux ont démontré que l’installation d’un grand nombre de ruches peut causer une rude concurrence pour la faune. Selon-eux, il faut “penser l’abeille à miel comme du bétail, pas comme la faune naturelle”. Les scientifiques avancent même que l’abeille à miel pourrait causer de la disparition des autres espèces, car elle consomme la majorité des ressources.

Les abeilles comptent des centaines d’autres espèces, et la majorité d’entre elles ne sont pas de grandes productrices de miel. Elles ne vivent pas dans les ruches, mais sont solitaires. Ces abeilles sauvages sont un peu les oubliées de la disparition massive des insectes pollinisateurs. Moins connues, elles ne trouvent pas de refuge en ville, où l'artificialisation des sols et le manque de plantes ne leur permet pas de s’installer, tandis que dans les parcs, notre abeille domestique occupe toute la scène, ne laissant que peu de place pour ses cousines sauvages.

Au final, si la ville est un lieu de vie privilégié pour nos abeilles domestiques, la biodiversité des butineuses est elle toujours grandement menacée. Les chercheurs précisent que l’apiculture n’est pas une ennemie pour les autres espèces d’abeilles. Mais elle peut être envahissante pour celles-ci si elle est sur-représentée dans un territoire restreint, comme une ville où les espaces de nature sont réduits. Il est donc nécessaire de faire attention au placement et au nombre des ruches pour ne pas trop concurrencer les autres insectes pollinisateurs. Mais l’avantage de la “starification” des abeilles à miel, est que cela permet de rendre visible l'extinction massive en cours pour toutes les autres espèces d'abeilles.

La ville représente un lieu de vie agréable pour toutes ces espèces chassées des campagnes par les pesticides de l’agriculture intensive, il faut donc éviter qu’elle ne devienne le territoire d’une seule espèce. Car on le rappelle les abeilles et tous les insectes pollinisateurs sont des espèces essentielles pour la vie des plantes. La conservation ne doit pas seulement se concentrer sur les espèces qui semblent “utiles” à l’homme, toutes les espèces le sont. Elles représentent une biodiversité qui ne peut être retrouvée si elle vient à disparaître, une richesse naturelle qui s’agit de protéger dans sa globalité, pas uniquement quelques espèces.

La création d'espace verts avec une diversité florale riche est un bon moyen d'aider les abeilles ©

Des progrès environnementaux

Heureusement il y eu a des avancées environnementales. La loi de transition énergétique pour la croissance verte de janvier 2017 a interdit l’usage des pesticides pour l’entretien des espaces verts. En 2019, les particuliers ne pourront plus acheter et utiliser de produits phytosanitaires.

Des associations environnementales ont d’ailleurs créé une carte des villes et villages sans pesticides. Un recensement qui prend du temps, vous pouvez les aider en vous rendant ici.

Cependant, ces mesures reste principalement urbaines, pour sauver les abeilles, le problème est plus grand. L’épandage de pesticides reste le principal problème dans les zones rurales. Tout comme la disparition des zones naturelles. En attendant des jours meilleurs pour les abeilles de la campagne, on espère que le refuge urbain permettra de maintenir un maximum d’espèces en vie mais il faut pour cela permettre à toutes d'y trouver une place.

Si vous voulez agir pour la conservation de toutes les abeilles, l’association “avenir d’abeilles” propose de nombreuses solutions pour accueillir les butineuses, notamment pour fournir des abris aux abeilles sauvages.

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1 Commentaire

  1. Les abeilles en ville, pourquoi pas ?
    Mais pour que ce ne soit pas qu’une fallacieuse et lucrative opération de communication il faudrait pour chaque ruche installée en “paradis” urbain interdire tour nourrissement, tout changement de reine, tout déplacement et exiger un authentique retour d’expérience sur la quantité de miel récolté et la durée de vie de l’essaim.

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