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La ville et le vin font-ils bon ménage ?

DĂ©bat
La RĂ©daction , le 22 novembre 2019
À l’heure où l’on s’apprête à goûter au Beaujolais Nouveau, ce 21 novembre 2019, de nombreux événements autour du vin sont organisés dans nos villes. D’ailleurs, selon le site officiel du Beaujolais Nouveau, celui-ci se fête désormais dans 110 pays ! Ces efforts sur la notoriété du vin datent de la Seconde Guerre Mondiale, pour revaloriser le vignoble du Beaujolais dans son ensemble.
Aujourd’hui, 16% du vin mondial est produit en France. Élément de haute gastronomie ou de convivialité, il trouve en ville des débouchés en termes de commerce et de consommation. De plus en plus, on constate la diversification des méthodes de promotion des vins et vignobles, ainsi qu’un travail commun entre les différents acteurs, du producteur au distributeur, dans un contexte où la production locale et les circuits courts sont revalorisés. Les villes, quelle que soit leur échelle, ont donc un rôle à jouer dans cette dynamique de valorisation de ce patrimoine rural, avec de surcroît un enjeu de renforcement du lien ville-campagne, qui s’illustre particulièrement dans la filière viticole. 

Quels sont aujourd’hui les liens entre ville et production de vin ? Comment les villes mettent en avant cet héritage culturel ?  


L'abus d'alcool est dangereux pour la santé - Crédit photo ©Kym Ellis via Unsplash




Liens entre ville et vin 


Les liens entre espaces de production viticole ruraux et pôles urbains environnants sont très anciens. En effet, la ville représente un débouché commercial majeur pour la production de vin : c’est d’ailleurs ce qui a enrichit la ville de Bordeaux, avec notamment le développement du commerce outre-Atlantique. En sens inverse, la production de vin contribue à faire la renommée de la ville. Un bon nombre d’appellations viticoles désignent en fait la ville la plus proche du lieu de production, et ce de part et d’autre de la France : les vins de Bordeaux, de Sancerre, de Chablis, Mâcon, Jurançon, ou même Collioure… À l’exception des vins d’Alsace, où c’est plutôt le nom des cépages qui est mis en valeur. Il s’agit en effet d’un héritage d’appellations allemandes issues des conflits territoriaux autour de l’Alsace-Lorraine durant le XXe siècle - et qui suivent aujourd’hui la logique d’appellations du commerce international.

Avec les processus d’étalement urbain et la place toujours plus importante des villes en termes spatiaux, économiques et politiques, les rapports entre espaces dédiés à la viticulture et pôles urbains tendent à devenir de plus en plus conflictuels : c’est ce qu’on peut appeler le grignotage urbain. C’est notamment le cas à Bordeaux, pôle urbain de 1,2 millions d’habitants. Face à un vignoble qui regroupe 38 appellations différentes, et plus de 100 000 hectares, le projet d’une construction de ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Dax, puis entre Bordeaux et Toulouse, fait débat puisqu’elle risquerait en effet de couper certains vignobles en deux. Voté en 2015 par le gouvernement, le projet était en effet discuté avec les élus locaux depuis 2005.

On voit donc ici une tension entre la volonté de valoriser un patrimoine culturel et gastronomique, sur lequel la stratégie touristique de Bordeaux s’appuie largement, et par ailleurs l’accroissement de l’influence de cette ville, qui implique de nouveaux aménagements et l’arrivée d’infrastructures.


Vignes en ville 


Saviez-vous qu’il était également possible de produire du vin en ville, comme à Paris ou encore Marseille ? De plus en plus, les vignes s’invitent en ville, pour explorer de nouvelles manières de faire du vin. Si la tendance est déjà bien développée aux Etats-Unis, elle se propage à l’international :  les villes de Londres, Venise ou même Hong-Kong ont elles aussi leur vignoble ! À Marseille, le Domaine Microcosmos a ouvert dans le quartier du Panier en 2012, et produit désormais près de 6000 bouteilles chaque année, et fournit notamment quelques restaurants marseillais.

En Ile-de-France, il existe pas moins de 92 vignobles, dont 32 à Paris ! Parmi eux, 34 sont portés par des municipalités, 26 par des associations, et 32 par des particuliers. On peut notamment citer le Clos de Reuilly dans le 12e arrondissement, un vignoble de quartier plutôt destiné à la convivialité entre voisins, ou encore le Clos de Brugnauts, à Bagneux, qui a la spécificité d’être un vignoble « vert », avec près de 350 pieds de vignes plantés au sein d’un espace vert. À Montreuil, la Winerie parisienne a par exemple installé son chai urbain dans une ancienne imprimerie en 2015, avec pour ambition de revaloriser Paris comme capitale mondiale du vin.

Dans beaucoup de villes, il est possible de partir à la recherche des traces d’activités vigneronnes anciennes. Elles sont notamment visibles grâce à la toponymie et à Paris, se trouvent à proximité des endroits vallonnés comme la montagne Belleville, Montmartre, ou encore la Montagne Saint-Geneviève. Ainsi, la rue des Vignes dans le 16e arrondissement, celles des Vignoles et la Cité des Clos dans le 20e, le passage du Clos Bruneau dans le 5e, sont en fait héritières d’une activité vigneronne urbaine, qui est désormais de plus en plus revalorisée.


L'abus d'alcool est dangereux pour la santé - Crédit photo ©Scott Warman via Unsplash




Des grands projets liés à la mise en valeur d’une culture viticole 


Le vin fait partie intégrante d’un patrimoine culturel sur lesquels les villes s’appuient pour promouvoir leur rayonnement et leur potentiel touristique. L’inauguration en Mai 2016 de la Cité des Civilisations et du Vin à Bordeaux a d’ailleurs ouvert la porte à plusieurs projets d’aménagement en lien avec la valorisation de la culture viticole. Ce projet international, porté à la fois par la Ville de Bordeaux, le Conseil Régional, l’Europe (FEDER), l’Etat, et des mécènes privés dont l’association américaine
Friends of la Cité du Vin, a été conçu pour accueillir près de 400 000 visiteurs par an. Il bénéficie déjà de la renommée internationale des vins de Bordeaux.

Face à cela, deux projets ont été lancés en Bourgogne, une région dont le rayonnement mondial en termes de vin reste encore légèrement dans l’ombre de Bordeaux. À Dijon, la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin a ouvert ses portes en 2017. Il s’agit d’un projet qui englobe également la création d’un éco-quartier multifonctionnel. Cela permet à la ville de Dijon de réaffirmer sa place dans l’héritage culturel bourguignon, en élargissant le spectre du projet, avec des enjeux économiques, culturels, politiques et sociaux.

Le second projet de création d’une Cité des Vins de Bourgogne exclut la ville de Dijon, puisqu’il est en réalité un véritable projet territorial pour des villes de plus petite taille : Mâcon, Beaune et Chablis. Beaune, ville de 21 000 habitants, est déjà connue pour la vente annuelle des Hospices de Beaune, qui regroupe 400 000 visiteurs par an autour du vin. Le projet en question viserait donc à renforcer le maillage territorial et la coopération de ces trois villes, pour la mise en place d’un circuit touristique avec circulation entre les pôles urbains et la campagne environnante. Cela permet de réaffirmer les liens entre ville et production viticole rurale, et de revaloriser la renommée de ces petites villes en matière de culture du vin. Le projet, conçu pour 90 000 visiteurs par an, est prévu pour 2021.

Avec de tels aménagement et projets urbains autour du vin, face à la concurrence internationale en matière de production et de consommation de vin, les villes françaises tentent donc de réaffirmer leur savoir-faire inscrit dans un héritage culturel ancien. C’est sans compter de possibles changements irréversibles dans la géographie du vignoble, avec notamment les effets du bouleversement climatique. Ainsi, selon une étude du GIEC publiée en 2015, certaines zones actuellement productrices seraient amenées à disparaître, puisque le spectre de la production viticole pourrait se déplacer en Europe du Nord et de l’Est. Alors quel avenir ces villes qui misent autant sur la culture viticole ?

Crédit photo de couverture ©Maksym Kaharlytskyi via Unsplash





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