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Footballeurs, les nouveaux héros urbains ?

Débat
La Rédaction , le 14 juin 2018
Pour la Coupe du Monde de football 2018 en Russie, Lumières de la Ville s’est penché sur les liens qui unissent les stars du ballon rond et les villes dont elles sont devenues les icônes. Derrière la symbolique apparente se cache une véritable influence sur la vie urbaine, car des centres de formation aux compétitions internationales, les villes ont vécu au rythme des exploits et des échecs des clubs et de leur stars.
Stars mondiales et symboles

Chaque ville ou quartier ne peut échapper à son reportage quand un de leur jeune footballeur prodige explose à la face du monde. Commentaires des anciens entraîneurs, visite du premier stade où la star a chaussé les crampons, interviews de ses amis d’enfance qui se rappellent d’un gamin talentueux et un immanquable : le sujet sur les poussins d’aujourd’hui qui rêvent tous de suivre le parcours de leur nouvelle idole.

Né à la Castellane dans les quartiers Nord de Marseille, Zinédine Zidane est devenu un symbole pour la ville alors même qu’il n'a jamais joué pour le club de la cité phocéenne. S’il a commencé à jouer dans des équipes de la banlieue de Marseille dès 9 ans, ce sera à l’AS Cannes à l’âge de 15 ans qu’il se révélera, sans jamais revenir jouer dans sa ville natale. Mais la marque Adidas jouera sur la fierté de la ville d’avoir vu naître une des plus grandes star du football mondial pour exposer le joueur sur un mur de Marseille avec une publicité, devenue iconique, qui restera pendant 9 ans !

L'affiche de Zidane sur le front de mer est devenue iconique pour les marseillais

Encore récemment, on a pu voir cela en pratique avec le phénomène français Mbappé, qui est devenu en même temps qu’une star du Paris Saint-Germain et de l’équipe de France, un symbole pour la ville de Bondy. Né en 1998, il restera à Bondy jusqu’à ses 14 ans avant de partir pour le centre de formation de Monaco où il se révélera. Un passage à l’AS Bondy de 2010 à 2013, qui malgré un départ à un très jeune âge, aura permis d’ancrer le jeune attaquant comme une icône de la ville. L’équipementier du PSG, Nike, avait profité de l’arrivée de Mbappé dans le club de la capitale pour organiser son tournoi de “foot à cinq” à Bondy (Play Bondy) et afficher une publicité (semblable à la fresque de Zidane à Marseille) sur un immeuble de la ville. Une affiche sur laquelle on peut lire “Bondy, ville des possibles”. Un coup de publicité pour la marque mais aussi pour la ville qui se targue d’avoir pu permettre à Mbappé de réussir.

À l’instar de grands footballeurs, Kylian Mbappé a eu le droit à son portrait sur un immeuble de Bondy

Mais ce ne sont pas des cas isolés, nombre de joueur ont inscrit leur empreinte sur une ville ou un quartier. Une iconisation qui est parfois poussée à l’extrême, comme à Naples avec Diego Maradona. La ville possédait une très mauvaise réputation notamment due aux problèmes sociaux et à la mafia, quant à son club, il n’avait pas inscrit l’histoire des grands clubs italiens. Pourtant l’arrivée de Maradona va transformer l’équipe et l’installer sur la scène européenne. Une transformation qui va marquer Naples et ses habitants, qui développeront une véritable adoration pour l’argentin. En relançant le club, la ville s’est refait une réputation et a pu de nouveau rayonner. Idem pour Marseille, lors de la période du sacre de la Ligue des Champions en 1993, qui en plus de lier fortement les habitants de la ville au club et qui a permis d’offrir à la cité phocéenne un rayonnement important, ainsi qu’une publicité à travers le monde, attirant de nouveaux supporters au delà des frontières de l’hexagone ! Une ferveur qui refait surface lors des grands matchs, comme récemment pour l’Europa League où la ville se parait des couleurs du club pendant son parcours jusqu’en finale.

Dans les rues de Naples on peut régulièrement croiser le héros argentin s’afficher sur les murs


Le foot comme miroir de la ville

Au-delà des figures iconiques, les générations de footballeurs ont permis d’illustrer la réalité des quartiers populaires et de leur évolution en France, ainsi que dans le reste du monde.

Si le sport émerge d’abord dans des sphères universitaires, il se popularise et devient déjà dans la première partie du 20ème siècle un sport de plus en plus ouvrier, réunissant les travailleurs des usines et des mines. Arrive alors dans les équipes nationales des footballeurs issus de familles des villes industrielles et des banlieues où les grandes usines sont installées. Le caractère populaire permet au foot de devenir par là même l’illustration des flux migratoires, à l’image de Michel Platini né d’un père italien ou de Raymond Kopa issu d’une famille de mineur polonais installée dans le Nord de la France. En se popularisant, le foot touche une population qui voit dans ce sport un moyen de sortir d’une situation précaire. Ainsi depuis les années 60, le foot s’est de plus en plus ancré dans les quartiers populaires.

Le football fut même le moyen d’ouvrir des débats sociaux d’ampleur en France et notamment sur les banlieues avec de la victoire de l’équipe de France à la coupe du Monde en 1998. Les symboles ont été nombreux, les joueurs formant une équipe aux origines diversifiées ont apporté un message rassembleur, celui de la France “Black, Blanc, Beur” et la fierté d’être d’un même pays se soudait autour de leur réussite. D’un coup, dans les débats politiques les questions d’intégration et de discrimination furent prises en compte grâce à l’équipe qui avait brisé la frontière entre la ville et ses quartiers périphériques. Avec leur victoire, les Bleus avaient ouvert les yeux sur une réalité qui était jusqu’alors peu évoquée dans les discours politiques. C’est entre autres, après l’été 1998 que l’on observe une multiplication des mesures de lutte contre les discriminations.

Un contraste de taille

Quand bien même les stars du foot sortent souvent de quartiers difficiles, leur cité ne suit malheureusement pas la même ascension qu’eux. Si la Castellane est encore présente dans les médias, ce n’est pas pour parler de “Zizou”, mais c’est souvent à cause de son trafic de drogue et de ses fusillades. Une image difficile à changer. La cité fut particulièrement sous le feu des projecteurs pendant les gouvernements Valls, l’État ayant lancé un plan de rénovation urbaine qui a déjà entraîné la destruction du bâtiment où le champion du monde 98 a passé sa jeunesse.

Puis, il y a la réalité du football professionnel, qui ne fera réussir que très peu de jeunes. Faire de Mbappé le symbole de Bondy, alors que statistiquement les jeunes de la commune ont peu de chance d’accéder au rang de footballeurs professionnels, c’est aussi leur faire miroiter un avenir difficilement accessible. Malgré les places limitées, il y a de nombreux jeunes qui espèrent se révéler un jour et suivre les traces de leur modèle. Mbappé a d’ailleurs exprimé sa reconnaissance et son amour pour Bondy en s’y rendant régulièrement pour rencontrer les jeunes. Son attachement s’est dernièrement manifesté par une aide financière pour un groupe de collégiens de Bondy qui souhaitait faire un reportage sur la Coupe du Monde en Russie.

Une générosité qui se retrouve d’ailleurs chez plusieurs footballeurs. Ainsi Neymar, le talentueux attaquant brésilien, a fondé une institution à son nom dans le quartier de São Paulo qui l’a vu grandir. L’objectif : aider les enfants défavorisés via des activités éducatives et sportives. Samuel Eto’o ou Didier Drogba qui ont aussi financé dans leur pays d’origine respectif des écoles permettant d’offrir un accès à l’éducation dans des zones souvent en manque d’infrastructures. Si les stars du ballon rond peuvent parfois sembler déconnectées des réalités, certaines n’oublient pas les difficultés des lieux où ils ont grandi et s’érigent comme de véritables héros de leur quartier, ce qui ne manque pas au passage de servir à embellir leur image de marque.

Le lien entre les villes et les sportifs semble donc se renforcer ! On peut se demander si ces modèles pour la jeunesse, devenant des icônes populaires et culturelles à part entière, parviendront vraiment à impulser un changement pour ces villes. En tout cas, le football reste un sport accessible et le moyen pour beaucoup de jeunes de s’épanouir dans une activité qui a du sens !

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